Bucarest

CHRONIQUE ECO - La Roumanie prise au piège des majorations salariales

Le salaire moyen net en Roumanie a enregistré en janvier 2017 un bond significatif de 18,4% par rapport à janvier de l’année précédente. C’est le plus grand score enregistré depuis 2008, et cette hausse est d’autant plus importante que la Roumanie n’a pas enregistré d’inflation depuis un an et demi.

 

Les salaires ont commencé à augmenter plus fortement à partir de 2015, quand le gouvernement a adopté une politique de majoration du salaire minimum et de hausse des salaires dans l’administration publique.

Entre 2009 et 2013, les hausses salariales annuelles étaient de l’ordre de 3% à 5%, mais l’inflation, qui se situait entre maximum 7,9% et minimum 1,8% pour cette période, a annulé les effets des majorations salariales, les revenus réels n’évoluant pas.

La TVA a étée baissée pour les produits alimentaires, de 24% à 9%, à partir de la moitié de l’année 2015, et puis pour tous les produits de 24% à 20% en 2016 (la TVA est de 19% en 2017). Ces réductions ont poussé l’inflation dans la zone négative (les prix ont continué à baisser jusqu’à la fin de l’année dernière), et ont permis à la hausse des salaires de 11,6% en 2016 (janvier 2016 en comparaison avec janvier 2015) et de 18,4% en 2017 (janvier 2017 en comparaison à janvier 2016), de représenter la première augmentation réelle et significative des revenus, après la crise.

D’ailleurs, le mérite de cette hausse des revenus de la population ne revient pas qu’aux décisions du gouvernement (majorations salariales et réduction des taxes). Dans le calcul des salaires, intervient un facteur qui, de plus en plus, dépend exclusivement du marché de la main d’oeuvre. Il s’agit de la pression que met le manque de main d’oeuvre sur les salaires. Un exemple significatif serait celui du domaine du commerce qui, à cause des salaires bas et donc du flux de personnel élevé, a enregistré une hausse de 24% des salaires moyens, bien au-dessus de la moyenne générale qui est de 18,4%.

Les avis des économistes roumains sont divisés: une partie déplore le fait que les salaires augmenteraient bien au-dessus du taux de productivité, tandis que l’autre partie croit que c’est seulement en forçant, par voie administrative, la hausse des salaires, que la Roumanie peut sortir de la zone de compétitivité économique basée seuelement sur des salaires très bas. La première partie soutient que beaucoup d’industries, surtout celles qui emploient de la main d’oeuvre peu qualifiée, vont devenir non-compétitives à cause des majorations salariales. L’autre partie se défend avec des exemples vérifiables:  la productivité en Roumanie est loin derrière celle de l’UE mais elle croit de façon soutenue, alors que les salaires, qui ont augmenté eux aussi, restent néanmoins loin en dessous du taux de croissance de la productivité. Par exemple, entre 2005 et 2015, la Roumanie a enregistré la plus grande croissance procentuelle de la productivité du travail de l’UE, passant d’un indice de la productivité de 34,2 en 2005, à 59,4 en 2015 (la moyenne européenne étant de 100). En 2015, la productivité du travail en Allemagne représentait 106% de la moyenne de l’UE, alors qu’en Roumanie, elle était de 59,9%. Si la proportion competitivité/salaire serait la meme partout, un salaire moyen représenterait en Roumanie environ 55% d’un salaire moyen allemand. Mais, en réalité, un salaire moyen en Roumanie est six fois plus bas qu’en Allemagne et environ 5 fois plus bas qu’en France.

Récemment, l’économiste en chef de la Banque Nationale de Roumanie, Valentin Lazea, admettait que la force de travail locale est sous-payée, tandis que le capital est sur-payé, ce dernier représentant 60% du Revenu National Brut, alors que la main d’oeuvre représente un taux de 40%.

Selon les données d’Eurostat, l’Allemagne a payé en 2015 des salaires de 1.537 milliards d’euros, soit l’équivalent de 51,1% du PIB, la France a payé des salaires de 1.136 milliards d’euros (52% du PIB), alors que la Roumanie a payé des salaires de 51.8 milliards d’euros (32,6% du PIB). Les immenses différences entre PIB et salaires, de l’ordre de 1/2 dans le cas de la France et de l’Allemagne et de 1/3 dans le cas de la Roumanie, soulignent ce que soutient l’économiste en chef de la BNR. Mais ce dernier voulait mettre en évidence non pas le besoin de majorer les salaires par la voie administrative, mais le fait que le main d’oeuvre est sous-payée car l’entrepreneur, qu’il soit étranger ou roumain, doit prendre en compte dans ses calculs plein de facteurs supplémentaires depuis les routes qui prennent plus de temps donc plus de dépenses, jusqu’au cadre législatif qui demande l’embauche d’avocats ou de juristes: «Tout cela engendre des salaires plus bas». En d’autres termes, avant de résoudre le problème des salaires, il faudrait résoudre le problème de l’infrastructure ou de la législation.

Sauf que, quand l’état va se décider à résoudre le problème des routes, il se pourrait qu’il constate qu’il y a un manque de main d’oeuvre. Pourquoi rester en Roumanie et travailler sur la construction d’une route pour quelques centaines d’euros, alors que, pour le meme travail, on est payé beaucoup plus en Italie par exemple. Mais il n’y a pas que les ouvriers qui émigrent. Dans les universités étrangères on recense 36.000 étudiants roumains (en Roumanie, chaque année, environ 95.000 personnes ont un diplome d’études supérieures). La chaine de télé Digi24 nous informait récemment que 500 d’entre eux comptent revenir, d’après les estimations des spécialistes.

L’ancien négociateur en chef de la Roumanie avec l’UE, Vasile Puscas, estime que la Roumanie aura bientot de grands problèmes avec la force de travail, car la compétition en Europe ne va plus etre basée sur le capital, mais sur la main d’oeuvre qualifiée. C’est ce que perd la Roumanie aujourd’hui, par l’attrait d’industries à faible valeur ajoutée qui payent des salaires à la limite.

Iulian Anghel, journaliste au quotidien financier Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 27 mars 2017

 
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