Bucarest

CHRONIQUE ECO - Signal d'alarme dès ce début d’année

Contrairement aux attentes, les revenus budgétaires ont souffert une baisse de 5,7 % en janvier 2017 en comparaison avec janvier 2016. C’est un des plus inquiétants signaux d’alarme dans le domaine économique de ces derniers temps, car les revenus budgétaires étaient censés augmenter cette année de 14 %, par rapport à 2016. Le projet de budget mis en place par le gouvernement pour 2017, prévoit des revenus de 255 milliards de lei (56,7 milliards d’euros), donc 31 milliards de lei (6,9 milliards d'euro) de plus qu’en 2016.

Sur la base de ces estimations de hausse de 14 % des recettes budgétaires, le gouvernement a déjà entrepris certaines mesures comme la majoration des salaires et des retraites, la réduction de certaines taxes, la gratuité du transport ferroviaire pour les étudiants,... Toutes ces mesures supposent un effort budgétaire de 9 milliards de lei (2 milliards d’euros) pour l’année en cours. A cela s’ajoute la somme de 9,3 milliards de lei que l’Etat va perdre, suite à l’élimination, à partir du 1er janvier 2017, de la taxe sur les constructions spéciales, de l’accise de 7 centimes d’euros par litre de carburant et de la baisse de la TVA de 20 % à 19 %. Autrement dit, l’année commence avec un déficit dans le budget de plus de 18 milliards de lei (plus de 4 milliards d’euros) en comparaison avec l’année précédente. Et ce n’est pas tout : à partir du 1er mars, la retraite minimum garantie va être majorée, ce qui suppose un effort budgétaire supplémentaire de 1 milliard de lei ; de plus, à partir du 1er Juillet, le point retraite va augmenter, ce qui demandera encore des dépenses de 2,6 milliards d’euros. Ainsi, le gouvernement doit trouver cette année plus de 22 milliards de lei (4,9 milliards d’euros) pour compenser le déficit laissé par les mesures citées plus haut. Le gouvernement aura besoin de plus de fonds pour assumer les autres dépenses prévues, comme par exemple le projet d'allouer 10 milliards de lei de plus qu'en 2016 dans différents investissements.


Où le Ministère des Finances va-t-il trouver ces fonds ? D’abord, le projet de budget pour cette année, prévoit une augmentation de 14 % des revenus publics. En second lieu, l’état compte hausser le taux du déficit budgétaire jusqu’à 2,96 % du PIB, c’est-à-dire à la limite des 3 % du PIB admis par la Commission Européenne.


Contrairement aux attentes du Ministère des Finances, les revenus budgétaires ont souffert d’une diminution significative de 5,7 %, dès le début de l’année. Et ce qui est encore plus inquiétant, c’est la source de cette diminution : la TVA. Les revenus ont diminué dans leur totalité en janvier, avec comme cause principale, la diminution de 25 % de la collecte de la TVA. Cela supposerait une diminution  significative de la consommation et donc une diminution des revenus générés par l’application de la TVA, car une augmentation de l’évasion fiscale si brusque et de cette ampleur, serait exclue. Les recettes de la TVA de janvier reflètent les ventes du mois de décembre. Or une baisse de la consommation a été observée déjà en novembre et décembre : par exemple, pour les produits alimentaires, la consommation a baissé de 0,4 % au mois de décembre, contrairement à décembre 2015 où elle avait augmenté de 15 %. Logiquement, en 2017, la consommation ne devrait pas diminuer car les majorations salariales et les réductions de taxes opérées, signifient un augmentation du pouvoir d’achat des citoyens et donc une impulsion donnée à la consommation. De plus, le projet de budget pour 2017 est construit sur une hausse de 7,2 % de la consommation. Si cela ne s’avère pas être le cas, et si la situation de ce début d’année se prolonge à cause de la diminution de la consommation en décembre, alors les recettes de la TVA vont continuer à baisser.

Dans ce cas, la seule solution serait des coupes budgétaires ou la hausse du déficit budgétaire qui se placerait au-dessus de la limite des 3 % du PIB. La Commission Européenne, qui estime que le déficit budgétaire atteindra cette année 3,6 % du PIB, a déjà demandé au gouvernement roumain de réévaluer la situation des revenus et des dépenses budgétaires.
Une autre solution existerait aussi : la mise en place de nouvelles taxes qui compenseraient la baisse des revenus budgétaires.


Quelque soit l’option choisie, elle sera mauvaise dans tous les cas de figure. La baisse des dépenses budgétaires risque d’empirer l’état déjà déplorable de l’infrastructure – car ce seront les dépenses dans les investissements qui seront touchées en premier. Si le déficit budgétaire dépasse le seuil des 3 % du PIB, cela va, non seulement créer un conflit entre le gouvernement et la Commission Européenne, mais va également augmenter le coût de financement de l’état, car les marchés entreront en alerte. Quant à l’introduction de nouvelles taxes, cela reviendrait pour le gouvernement, arrivé au pouvoir depuis seulement trois mois, à se tirer une balle dans le pied.

 

Iulian Anghel, journaliste au quotidien financier Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 6 mars 2017

 
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