Bucarest

NTIC - ''Ce qui nous manque en Roumanie, c’est l’innovation''

La réputation des informaticiens roumains n’est plus à faire et les plus grandes compagnies étrangères du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont nombreuses à choisir la Roumanie pour implanter une partie de leurs activités. Mais certaines entreprises locales ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Tremend est l’une d’entre elles. Elle s’est faite remarquer la semaine dernière en devenant l’entreprise roumaine la mieux classée dans la catégorie NTIC du Deloitte Technology Fast 50 Europe centrale, un classement des 50 meilleures sociétés d’Europe de l’Est dans le secteur des technologies. Dans des locaux aux couleurs modernes, avec babyfoots, jeux vidéos et salles de repos, le co-fondateur de Tremend, Ioan Cocan, a répondu aux questions du Petitjournal.com/Bucarest.

Photo : Tremend

Le Petit Journal de Bucarest - Tremend est entrée jeudi dernier dans le prestigieux classement Deloitte Technology Fast 50 Europe centrale. Que représente cette distinction pour vous ?

Ioan Cocan - Nous avons été classés à la 37e position et de ce fait nous sommes la première des quatre entreprises roumaines primées cette année. Nous ne nous attendions pas à cette première place et nous en sommes très fiers. Nous avons reçu beaucoup de félicitations et cette distinction aura très certainement une répercussion positive sur la réputation de l’entreprise auprès des clients. Le Deloitte Technology Fast 50 se base sur la croissance du chiffre d’affaires des quatre dernières années. Entre 2012 et 2015, Tremend a enregistré une augmentation de 399%, avec un chiffre d’affaires de 9,95 millions de lei (env. 2,2 millions d’euros, ndlr) en 2015.

Chaque année, environ 7.000 ingénieurs informaticiens sortent des universités roumaines. Ils sont immédiatement courtisés par les plus grandes entreprises du secteur. Comment faites-vous pour les attirer chez Tremend ?

Nous sommes en relation avec les universités et nous offrons régulièrement des stages. Cela nous permet de recruter directement les nouveaux diplômés. Tremend est une entreprise dynamique et nous travaillons sur des projets qui utilisent les dernières technologies. C’est une motivation pour nos ingénieurs. Nous offrons également des formations internes tout au long de l’année qui permettent à chacun d’évoluer et de participer à de nouveaux challenges.

Beaucoup décident toutefois de partir à l’étranger pour obtenir des salaires plus élevés…

La concurrence de l’étranger existe, certes, mais la Roumanie a beaucoup évolué ces dernières années et les investisseurs étrangers sont de plus en plus attirés par notre pays. Cette année, notre taux de croissance sera l’un des plus élevés de l’UE, or le secteur du numérique est le deuxième contributeur au PIB national. Nous n’avons pas de chômage dans le secteur des NTIC en Roumanie. Même si des jeunes partent pour se faire une expérience à l’étranger, beaucoup reviennent. D’ailleurs, selon moi, avec un salaire d’ingénieur dans le numérique, tu as un meilleur pouvoir d’achat à Bucarest qu’à l’étranger. De plus, depuis quelques années, les ingénieurs en informatique bénéficient d’une réduction d’impôt sur le revenu. Cet avantage vient d’être étendu aux ingénieurs qui travaillent dans le secteur de la recherche & développement (R&D).

Comment Tremend a t-elle réussi à s’imposer sur le marché international ?

L’année dernière, 51 % de notre chiffre d’affaires a été réalisé avec des entreprises étrangères. Ce sera autant cette année. Depuis la création de Tremend en 2005, nous avons développé 300 projets dans 15 pays en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Avec mon associé, Marius Hanganu, nous avons travaillé en 2004 pour une entreprise basée dans la Silicon Valley et nous nous sommes constitués un réseau qui nous a permis de lancer Tremend dès l’année suivante. Notre réussite tient aussi à des équipes très qualifiées. Je prête une attention toute particulière au recrutement. J’ai rencontré personnellement quasiment tous les salariés avant qu’ils soient embauchés. Chez nous, au delà des compétences, il est important d’avoir des équipes soudées et motivées pour mener à bien les projets. Cette cohésion contribue aux succès de l’entreprise. 

Comment voyez-vous l’avenir du secteur des NTIC en Roumanie ?

Les entreprises roumaines sont très performantes, mais pas assez connues. Ce qui nous manque en Roumanie, c’est l’innovation. La Roumanie en a le potentiel. Nous devons nous concentrer sur la R&D. Mais pour se lancer, il faut des entreprises qui ont déjà les reins solides. Tremend est prête. L’innovation et la R&D sont nos nouveaux défis pour les années à venir. Nous espérons également décrocher des fonds européens.

Quelles sont les spécialités de Tremend ? 

Nous travaillons principalement sur le développement de logiciels spécifiques, autant pour des start-up que pour des grandes entreprises. Par exemple, Rainmachine qui produit des boîtiers numériques pour programmer l’arrosage automatique ou Rightsflow, une plateforme pour acheter directement les droits d’auteur afin d’utiliser une chanson, qui a été rachetée par Google. Nous avons aussi développé l’interface web my account pour Orange Romania et ING Bazar pour ING Romania. Nous avons la capacité de travailler sur des projets personnalisés qui utilisent les dernières technologies numériques. A l’échelle internationale, nous participons également au développement de logiciels embarqués pour plusieurs géants de l’automobile.

Propos recueillis par Lizelor Rocaël (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 24 octobre 2016

 

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