Bucarest

PORTRAIT– Maurice, un peintre français ayant trouvé l’authenticité en Roumanie

Nous avons fait la connaissance du peintre français Maurice Boulogne qui exposait ses toiles à Gallery (str. Leonida n° 9-11, Bucarest) la semaine dernière. Maurice nous raconte qu’il a fait un choix qui a surpris tous ses proches à l’âge de la retraite, il y a de ça une dizaine d’années : venir s’installer en Roumanie avec sa femme Jacqueline. Ce qui, au début, devait être une simple découverte d’un pays peu connu, est devenu une passion qui a inspiré le peintre et lui a permis de retrouver son âme d’enfant.

Photo: Robert Kovacs

Le cœur sur la main, Maurice est très ému de nous présenter sa famille et son exposition « Boulogne une famille d’artiste », dans laquelle 4 générations de Boulogne y présentent leurs œuvres, soit un éventail de 77 ans de pratique artistique, traversant les différents courants artistiques contemporains. Ce qui nous frappe immédiatement, c’est de constater que dans la famille Boulogne, jusqu’au petit dernier âgé de tout juste 16 ans, tous semblent avoir reçu l’art en héritage et une belle ouverture sur les autres. Nous sommes allés poser quelques questions au patriarche qui les a tous réunis, pour essayer de comprendre d’où vient sa passion pour son nouveau pays d’accueil.

 

LePetitJournal.com : Maurice, pourquoi la Roumanie ?

Maurice Boulogne : Au début, il s’agissait d’un simple projet d’échange entre un lycée de Landrecies dans Lavesnois (département du nord de la France) et la ville de Bistrița en Roumanie. J’ai accompagné les élèves de CM1-CM2 là-bas alors que ce n’était pas vraiment prévu, il y avait juste une place ou deux de libres dans le bus (rires). Je n’avais aucun a priori. J’avais bien sûr entendu parler de la Roumanie à travers la Révolution qui fut un épisode marquant pour moi à l’époque, en 89, mais j’avais perdu de vue depuis longtemps ce à quoi pouvait bien ressembler un pays de l’Est, jusqu’à ce jour, en 2007.

Et à l’arrivée, qu’as-tu ressenti ?

Ça a été un choc émotionnel très puissant pour moi. Dès que j’ai passé la frontière entre Budapest et Oradea, j’ai vu des charrettes, des nids de cigogne suspendus sur des poteaux électriques, des poules en liberté, des grand-mères assisses sur le bord de la route ; il n’y avait pas encore de route, elles étaient en plein travaux. J’ai pris dans la figure des tas de souvenirs d’enfance qui étaient enfouis, des sensations que je n’avais pas réactivées dans ma période adulte.

Quelles sont précisément ces sensations ?

L’odeur des chevaux, la vue des chevaux, les chiens errants, … Mon grand-père était maréchal ferrant, il ferrait les chevaux dans les années 50, j’avais une tante qui élevait des moutons et tout ça c’est remonté d’un coup. Le choc culturel a été vraiment incroyable. Je me suis alors posé la question mais pourquoi ? Donc là je t’en parle avec le recul mais sur le coup, je ne comprenais pas immédiatement d’où cela pouvait venir. Au jour d’aujourd’hui, j’ai mis toute ma période adulte entre parenthèses car ici en Roumanie je continue à vivre mes années d’enfance.

Justement, en tant que peintre, en quoi la Roumanie a-t-elle pu être une source d’inspiration pour toi ?

Je me suis essentiellement concentré sur des portraits, mon inspiration est donc venue du contact avec les gens, des personnalités que j’ai rencontré. A certains moments quand je repartais en France, on me disait : « Mais qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? ». Je leur répondais qu’il se passait quelque chose en Roumanie de particulier. Je suis plus à l’aise avec un berger des Carpates alors que je parle mal la langue, qu’avec mon voisin de palier que j’ai du voir en trois ans, deux fois. Cette fraternité humaine, j’avais l’impression de l’avoir perdue en France. Elle doit exister mais elle est souvent forcée, pour créer du lien social c’est spontané. Je me suis immédiatement attaché à ces personnes, avec des caractères très marqués, des femmes très courageuses.

De temps en temps, on accompagnait des paysans travailler dans les champs, et au bout d’une journée de travail, on voyait arriver les femmes qui continuaient le travail alors qu’elles avaient passé leur journée à faire la cuisine, le ménage et s’occuper des enfants. Le soir, elles venaient aider leurs maris et se rencontrer pour partager l’effort collectif. Un courage phénoménal ! Sans faire de comparaison, je n’ai jamais vu une telle vitalité autour de moi en France, le confort a endormi les corps et les esprits avec la télévision. On pouvait même plus leur donner un âge. Tu pouvais parler de tout et de rien, tu sentais qu’il y avait au-delà de la langue, un vrai langage du cœur. Que ça s’exprime par des gestes ou uniquement par des sourires, on arrivait à une compréhension unique et très belle.

Entre cette découverte et la décision de t’installer définitivement en Roumanie, as-tu constaté des changements dans le pays ?

Déjà entre 2007 et 2008 j’ai vu les choses changer. Les routes en construction prenaient forme, et cela va paraître un peu naïf, mais la Roumanie que j’aime c’est celle des sentiers, celle où je sens la terre sous mes pieds. Je m’installais sur un banc, je voyais les étoiles et je me souvenais plus avoir vu les étoiles depuis longtemps. Lorsque je me suis décidé de venir m’installer avec ma femme à Bistrița, déjà les choses étaient différentes, il y a eu un plan de réhabilitation de la ville et l’actuelle petite place où j’avais les pieds sur la terre et la tête dans les étoiles, et bien maintenant il y a des dalles en béton et il y a tellement de lampes que tu ne vois même plus le ciel. J’ai déjà la nostalgie d’un lieu que j’ai perdu et ça change tellement vite que l’on va être obligé d’aller chercher les petits coins romantiques de plus en plus loin, allant même jusqu’à se perdre pour les toucher à nouveau. On sentait en passant devant la petite citadelle, le poids de l’histoire, alors qu’aujourd’hui, les lumières produisent un artifice qui t’éblouit, t’en met plein la vue mais t’empêche de voir vraiment ce qu’elle nous racontait hier encore.

Après t’être beaucoup déplacé en Roumanie tu es finalement revenu à Bucarest, peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Et bien Bucarest, c’est une ville chaotique mais qui a un je ne sais quoi de poétique. Malgré le bruit et l’agitation, on peut prendre le temps de regarder les gens aux terrasses, prendre le temps, même en semaine, de converser entre amis. La vie nocturne et culturelle de Bucarest est enivrante mais ce tourbillon me donne rapidement envie de retourner à la campagne. Cette sérénité que j’ai retrouvé là-bas me permet de profiter de la ville encore un temps. J’ai d’ailleurs en projet de trouver un petit endroit à nous, pas trop loin de la Capitale, pour pouvoir vivre ces moments plus souvent car Jacqueline et moi n’avons jamais été des propriétaires, on préfère être libres et pouvoir se déplacer.

Quelle sont selon toi les différences fondamentales que tu as constaté ici chez les gens par rapport à chez toi ?



Et bien pour l’anecdote, on est un jour tombé en panne, il pleuvait comme pas possible et un jeune est immédiatement sorti de sa voiture pour m’aider, et y a passé deux heures. Quand on est revenu de chez le garagiste, il a installé ma roue en me demandant d’attendre au sec dans ma voiture et quand j’ai voulu lui donner de l’argent, il a catégoriquement refusé, j’ai jamais vu ça ailleurs. Il était prêt à se fâcher si je lui donnais de l’argent.

 

Grégory Rateau (www.lepetitjournal.com/Bucarest) - Lundi 27 mars 2017

 
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