Bucarest

CHRONIQUE CULTURE - France-Roumanie, une chance de plus

Les deux commissaires de la Saison France-Roumanie entreprennent, ces jours-ci, une tournée à travers la Roumanie pour rencontrer et informer les acteurs culturels locaux qui pourraient donner corps, par des projets, à ce grand pont symbolique bilatéral. Un travail de sensibilisation plus complexe qu'il n'y paraît, avec, en toile de fond, une situation politique roumaine qui se répercute sur l'organisation.

 

C'est une de ces chances qui n'apparaissent qu'une fois toutes les générations - donner une nouvelle direction, concrète, à une relation forte - c'est vrai! - mais pas moins marquée par une certaine routine. Or, qu'est-ce que ce "fort" veux dire, au quotidien, dans le cas des rapports franco-roumains? Pour la Roumanie, des contacts des plus divers (allant du travail jusqu'aux emplettes et au divertissement) avec des compagnies françaises ou à capital mixte (pesant environ 15% du produit intérieur brut du pays), apprendre le français à l'école (2e langue étrangère apprise sur le territoire roumain), faire des études ou des stages en français, assister à des événements promus par les institutions culturelles des deux pays. 

 

Toutefois, dès qu'on sort des grandes villes (et même à l'intérieur de celles-ci, pour de nombreux endroits et pour certains groupes de population), tout cela s'estompe, s'embrouille, malgré des initiatives ponctuelles souvent privées, enthousiastes mais perçues comme quelque peu exotiques et considérées avec un oeil souvent amusé par les citoyens lambda. A une moindre échelle des projets et des initiatives institutionnelles et privées font aussi parler autrement de la Roumanie en France où, à part Dacia, le pays est notamment synonyme d'une riche collection de clichés pas vraiment des plus avantageux.

 

Dans ces conditions, insister sur le passé, le mettre au goût du jour en lui rajoutant encore plus d'ornements voire du creux, serait plutôt éloigner que rassembler davantage les citoyens des deux pays, précisent les deux commissaires de la Saison France-Roumanie, Jean-Jacques Garnier et Andrei Ţărnea. Organisée à l'occasion du centenaire de la création de l'Etat roumain moderne, celle-ci doit se tenir de décembre 2018 à juillet 2019 et se présenter comme une collection d'environ 300 événements fédérateurs, déroulés dans les deux pays. Et il ne devrait pas s'agir encore de ces expositions ou rencontres que l'on oublie aussitôt que l'on est sorti de la salle, mais de projets conçus sur le long terme, fruits de partenariats et de coopérations, selon des principes similaires à ceux qui gouvernent les Capitales européennes de la culture, précisent les commissaires.

 

La Saison sera culturelle au sens large, car elle comportera aussi des dimensions éducationnelles, écologiques, sportives. Toutefois, c'est l'art sous toutes ses formes qui devrait se tailler la part belle. Les événements choisis devront nécessairement sortir des grandes agglomérations urbaines pour couvrir aussi loin que possible les territoires des deux pays, cibler des publics divers par des démarches accessibles et, surtout, s'adresser et s'intéresser aux jeunes générations, précisément celles qui devraient perpétuer cette relation franco-roumaine. 

 

Jean-Jacques Garnier et Andrei Ţărnea sont en train de sillonner la France et la Roumanie afin d'encourager les artistes et les opérateurs culturels à se chercher les uns les autres et à réfléchir ensemble sur les ressemblances et les ponts qui restent en place entre l'Hexagone et le "Jardin des Carpates" : innovation, nouvelles technologies, mutations et phénomènes sociaux similaires (dépeuplement, développement urbain, perte d'identité etc.), contributions culturelles et sociales mutuelles, positions géographiques frontalières aux deux extrémités du continent, écologie, européanité, francophonie, latinité et ainsi de suite.

 

La partie roumaine a, dans ce contexte, une opportunité multiple. Bien que cette saison ne soit pas une nouveauté, ayant une trentaine d'éditions à son actif, ce sera pour la première fois qu'elle mette ensemble la France et un autre Etat membre de l'UE, dans un contexte mitigé sinon difficile pour la communauté continentale en quête d'un nouveau souffle. Elle facilite un gain de visibilité sans précédent, la possibilité d'une présence massive et densifiée, le développement et la mise en oeuvre de nouvelles idées, la mise en place de partenariats rapprochés dans la durée, entre des structures jeunes qui ne s'orientent pas forcément spontanément les unes vers les autres aussi facilement que jadis (pour nombre de raisons, dont la langue), une redécouverte du français d'aujourd'hui, un retour au français tout court. 

 

La participation roumaine à cette Saison sera révélatrice pour la véritable place que le pays entend se donner en Europe, sur son action réelle en tant qu'acteur central (statut revendiqué dans les discours qui se font entendre depuis des années déjà) ou périphérique (une direction que la réalité, la pratique semblent tacitement indiquer), y compris dans le domaine culturel. Pour le moment, les tourments politiques actuels freinent les préparations institutionnelles de la Saison, de même que les consultations avec les milieux culturels (en dehors du travail des commissaires).

 
Un pays veut dire, néanmoins, l'action de ses citoyens surtout. Si les décideurs politiques semblent s'engouffrer, aujourd'hui plus que jamais, dans des luttes et des règlements de comptes intestins, c'est aux Roumains eux-mêmes d'agir à la base, à leur niveau, avec les instruments dont ils disposent et avec l'appui mis à la disposition par les structures publiques roumaines et françaises pour faire valoir comment et combien cette relation bilatérale les intéresse et pourrait être menée plus loin. Ils ont jusqu'à la fin octobre pour proposer des projets; ces derniers pourraient décrocher ensuite le label "Saison France-Roumanie", s'ils reçoivent le feu vert des comités de sélection.  Les Roumains - artistes, acteurs culturels, publics etc. - seront-ils au rendez-vous?
 

Andrei Popov, journaliste culturel à la rédaction francophone de Radio roumaine internationale

 

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