Bucarest

ARTISTS TALK – Beaux discours vides

Nommé au Prix du meilleur spectacle roumain 2016, « Artists talk » (débat d’artistes) de Gianina Cărbunariu met à nu les intentions et les secrets fâcheux que nombre d’artistes européens - surtout « engagés » - cachent soigneusement à des spectateurs pas moins hypocrites. Une création qui joue cartes sur table et tous publics, grâce à un projet inédit de sous-titrage en français (et en anglais) des spectacles roumains.

 

 

Pourquoi y a-t-il trous dans certaines variétés de fromage ? Ils seraient la preuve d’un affinage correct, selon certains spécialistes, après des décennies de recherches. Ces trous, servent-ils toutefois à quelque chose ? Tout comme ces bulles d’air, les projets de théâtre documentaire, de théâtre social pullulent actuellement en Europe. Sont-ils néanmoins honnêtes et arrivent-ils à changer quelque chose ?

Gianina Carbunariu en a fait sa spécialité. Cette metteure en scène produit des spectacles qui n’ont pas peur de – et même entendent – heurter les sensibilités les plus diverses. Ses spectacles ont, d’habitude, un réel effet coup de poing, aboutissant, dans certains cas, à des actions concrètes de la société civile. Ils s’attaquant aux sujets qui fâchent le plus les Roumains et, plus généralement, les Européens, depuis le sort des lanceurs d’alerte à l’accaparement de terres agricoles, depuis le pouvoir multinationales jusqu’au au bras long des polices politiques anciennes ou nouvelles. Gianina Carbunariu secoue, irrite, énerve et ne recule pas, même quand elle est blessante. La critique lui reproche parfois des partis-pris affichés, une certaine prévisibilité du but et du message, la préférence pour des recettes sûres, mais son discours artistique est franc, tandis que ses recherches ont la méticulosité d’un scientifique.

Un des rares secteurs qui avait échappé jusqu’à présent à son bistouri théâtral était… le sien. A la différence d’autres arts performatifs, les représentations de théâtre documentaire – de même que la projection de films de ce genre – se concluent par des rencontres entre équipes de création et public. Si parfois vous avez le sentiment que ces débats sonnent faux ou qu’ils vous font carrément perdre du temps, au lieu de vous enrichir, vous n’êtes pas dans l’erreur. Dans « Artists talk », Gianina Carbunariu revient sur son expérience en tant qu’invitée ou spectatrice à ce genre de discussion polie, sans trop de contenu, mais dévoilant, justement par les non-dits, le visage réel de certaines typologies d’artistes qui, sans fard, ne sont ni glamour ni tellement désintéressés dans leur engagement social.



Dans une succession de scènes dont l’absurde et l’ignominie augmentent de minute en minute à grands renforts d’éclats de rire, des envers de décors drapés de paillettes et de beaux discours apparaissent, décevants : les combines pour décrocher des subventions, le manque de scrupules dans le traitement des sujets, l’instrumentalisation des communautés qui servent de prétexte aux productions documentaires, l’embellissement de la réalité, la pauvreté de vocabulaire dans la langue maternelle ou étrangère, la petitesse des enjeux etc. Une analyse d’autant plus crédible que les excellents comédiens Ruxandra Maniu, Ilinca Manolache, Alexandru Potocean, Gabriel Răuță et Bogdan Zamfir sont eux-mêmes des habituels du théâtre documentaire, collaborateurs de longue date, pour certains, de Gianina Carbunariu. D’ailleurs, celle-ci ne pose pas en observatrice détachée du petit univers qu’elle dissèque, l’autodérision et les références à ses propres spectacles étant autant de clins d’œil pour les spectateurs fidèles de l’artiste. Personne ne s’en sort indemne, le public non plus, lui qui se tait et ne prend pas position face au manque de substance d’une démarche artistique. Osez dire si l’empereur est nu et, plus que ça, qu’il est une bulle vide et inutile, semble appeler le spectacle de Gianina Carbunariu.

Joué en roumain, anglais et français et produit par le Centre culturel de la municipalité de Bucarest, Arcub, « Artists talk » a un impact direct sur n’importe quel spectateur européen, quelle que soit sa culture d’origine. Voilà pourquoi il est un des quatre spectacles-pilote d’un programme complexe de coopération artistique franco-roumaine, mené par l’Institut français de Roumanie. La représentation est entièrement sous-titrée en français, de même que « Brâncuşi contre Etats-Unis » (Teatrul Odeon), « Engagement pour un clown » (Teatrul Naţional) et « Le petit prince » (Teatrul de Comedie). Ce projet devrait être élargi progressivement aux grandes villes du pays, afin d’encourager la pratique du français, mais aussi pour ouvrir le théâtre roumain aux publics étrangers, dont le volume est en augmentation.

« Artists Talk » - les 11 et 12 avril, 20h, spectacle en roumain, anglais, français, sous-titrage intégral en français ; le Centre culturel de la municipalité de Bucarest ARCUB, 84-90, rue Lipscani.

 

Andrei Popov, journaliste culturel à la rédaction francophone de Radio roumaine internationale (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Mardi 4 avril 2017

 
A la Une

HISTOIRE D’UN LIEU - Le marché Obor

Connu de nom pour certains Français, passe-temps du week-end pour d’autres, le marché Obor est, pour les Bucarestois, un lieu chargé d’histoire. Son histoire n’est pas celle d’un bâtiment, mais celle d’un lieu qui change au gré des besoins et des nécessités d’une ville en expansion.
Une internationale

EXPATRIATION – 10 pays pour booster sa carrière

Etats-Unis, Royaume-Uni, Taïwan... Sur la base des réponses apportées par 14.000 personnes expatriées (de toutes nationalités), la dernière enquête publiée par InterNations compile les pays où il faut s’expatrier si l’on veut booster sa carrière. L'Europe est mal classée.
Actu internationale
En direct d'Europe
Expat
Expat - Emploi

EXPATRIATION – 10 pays pour booster sa carrière

Etats-Unis, Royaume-Uni, Taïwan... Sur la base des réponses apportées par 14.000 personnes expatriées (de toutes nationalités), la dernière enquête publiée par InterNations compile les pays où il faut s’expatrier si l’on veut booster sa carrière. L'Europe est mal classée.

COACHING - Le sacrifice du conjoint suiveur

Selon une enquête récente auprès de la population francophone expatriée, 49% des conjoints suiveurs en recherche d’emploi auraient le sentiment d’avoir sacrifié leur carrière*. Ce chiffre m’a interpellée, car je trouve cela dommage de voir autant de personnes qui voient leur expatriation comme un sacrifice de leur carrière. 
Expat - Politique
Magazine