Bogota

TEMOIGNAGE - A la rencontre des guérilleros

« Partie à la découverte de la Colombie amazonienne, j’ai eu la chance de partager le quotidien des guérilleros FARC pendant quelques jours fin avril 2017. Après plus de 52 ans de conflit armé, les accords de paix sont porteurs d’espoir tant pour les combattants FARC que pour la société civile colombienne. Mais la mise en place de ces accords n’en constitueront pas moins un défi important à relever pour les années à venir. 

Travaillant comme volontaire sur un projet de permaculture dans la jungle, tout a commencé avec la rencontre de travailleurs sociaux qui s’occupent d’ateliers de discussions dans le camp des FARC établit à quelques dizaines de kilomètres du lieu du projet. Lorsqu’ils m’ont proposé de les accompagner, j’ai tout d’abord été surprise : ces guérilleros dont j’avais seulement entendu parler dans les médias, ces soldats qui mènent une guerre contre l’état colombien depuis des dizaines d’années... Il me serait donc possible de les rencontrer ? Puis la surprise a laissé la place à la peur : « allais-je vivre avec des combattants, des terroristes ? » Et la curiosité l’a finalement emporté - nous n’avons n’a pas tous les jours la chance de découvrir de l’intérieur la plus ancienne guérilla marxiste du monde - et j’ai accepté.

« Bienvenue chez les FARC ! »

Nous partons tôt le matin, en commençant pas traverser le fleuve Putumayo en pirogue. S’ensuivent deux heures de 4X4 sur des routes à peine praticables, qui alternent avec des chemins de terre. Nous croisons quelques hameaux, puis plus que des pâturages et la selva (jungle amazonienne) à perte de vue. Nous devons passer plusieurs postes de l’armée colombienne qui contrôle la route pour éviter tout mouvement des guérilleros (il leur est formellement interdit de sortir du camp). Enfin, on voit apparaitre le drapeau colombien aux armes des FARC qui signale le camp et le check point d’entrée, contrôlé conjointement par l’armée colombienne et les sentinelles de la guérilla.

« Bienvenue chez les FARC ! » me lance-t-on dès mon entrée dans le camp. Des guérilleros, hommes comme femmes, me saluent et me lancent des regards curieux à mesure que je progresse sur le chemin boueux qui serpente le camp. Ils portent des uniformes militaires agrémentés de l’écusson des FARC, de slogans révolutionnaires tels que « Somos el pueblo y el pueblo es invencible » et de photos imprimées des leaders de la guérilla : Manuel Marulanda (mort en 2008) ou Rodrigo Londoño (alias Timotchenko), qui a conduit le processus de paix avec le président colombien Juan Manuel Santos.

Des conditions de vie encore difficiles pour les FARC


Des planches de bois forment un passage qui serpente à travers le camp boueux. La selva est omniprésente, et le temps oscille d'une heure à l'autre de pluie torrentielle à chaleur tropicale étouffante. Les guérilleros vivent dans des caletas, baraques de bois et de bâches, qui contiennent paquetage militaire, armes, et effets personnels. Ces baraques sont semblables à celles utilisées lorsque les combattants se cachaient encore dans la selva et devaient démonter leur campement tous les deux ou trois jours pour éviter les bombardements de l'armée.

Ici, les conditions sont spartiates : les toilettes sont des rangées de tranchées creusées dans le sol boueux, et les guérilleros se lavent tous ensemble autour d’un réservoir d’eau de pluie. Nous dormons sur des planches de bois mais sous les étoiles, armés de moustiquaires de guerre, les insectes ne nous laissant aucun répit. Ils sont vecteurs du paludisme et de la fièvre jaune, dont un certain nombre de guérilleros sont atteint, et attendent encore les traitements promis par le gouvernement qui arrivent au compte-goutte.

Un engagement que les FARC pensaient sans retour possible

« Viens, je vais te faire visiter ma caleta » me dit Jorge, 35 ans, originaire de Bogotá, qui a rejoint la guérilla le jour de ses 18 ans. Des onze amis avec qui il s’était engagé auprès des FARCS, deux seulement sont encore à ses côtés. Mais il savait qu’à terme, son engagement signifierait vaincre ou mourir, car une fois intégré aux FARC il est impossible aux combattants de revenir à la vie civile. Ni même de revoir ses proches. Entre deux gorgées de tinto, Jorge me parle de sa fille qu'il n'a jamais vue et qui sera bientôt majeure. Car le processus de paix et le retour à la vie civile pour ces combattants signifie également la perspective autrefois inenvisageable pour eux de revoir les membres de leur famille. Ou de les rencontrer.

Outre les défis politiques que pose le processus de paix aux représentants des deux camps, s’ouvre pour chacun des guérilleros le défi personnel du retour in fine à la vie civile. Un défi qui couvre tous les aspects de la vie : se former à un nouveau métier, retrouver sa famille suite à parfois des décennies d’absence, et se réinsérer dans une société dont les FARC savent qu'elle leur est parfois hostile. »

Photos : Coline Damieux Verdeau

Coline Damieux Verdeau, www.lepetitjournal.com/bogota, mardi 4 juillet 2017 

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