Bogota

La communauté colombienne en France

Les Colombiens n’ont pas tous la peau mate ou les yeux foncés. Ils sont métissés, certes, mais certains sont blonds, d’autres noirs. Il est estimé à 100.000 le nombre de Colombiens vivant en France (1) aujourd’hui. Selon des statistiques réalisées par l’INSEE en 1999, les Colombiens représentaient à cette période le second groupe de latino-américains le plus représenté numériquement en France, derrière les brésiliens. Comment se caractérise la communauté colombienne installée en France ? Dans quel contexte a-t-elle migrée vers l’Europe et la France ? 

Retour sur les motivations des Colombiens à quitter leur pays

La Colombie connut une période d’une extrême obscurité : « la violence ». Le pays s’enflamme en 1948 quand, en avril, le populiste Gaitan est assassiné non loin de l’église Saint- François en plein centre de Bogotá, des mains de Juan Roa. Cette mort sème le doute dans un pays qui s’apprêtait à ouvrir trois semaines plus tard la conférence des États américains qui fonda l’OEA (Organisation des États Américains). Suite à l’assassinat de Gaitan, Bogotá a connu une révolution, similaire à ce qu’a pu connaître Paris pendant la Commune (Mars-Mai 1871). Ils veulent le départ du président conservateur Mariano Ospina Perez accusé dans un premier temps de l’assassinant. 3.000 personnes sont mortes lors des émeutes et des incendies qui ont touché 142 bâtiments du centre-ville. La foule a détruit le tramway, symbole de la ville, et ont saccagé les commerces de la Septima, une des avenues principales de la ville. La mort de cet homme met fin aux ambitions de vie meilleure des classes modestes dans une Colombie, entre classes sociales qui s’ignorent, sujettes au racisme.

Les premières migrations ont eu lieu à partir de 1810, lorsque de nombreux académiques et artistes migrèrent vers la France pour se former. Presque 2 siècles plus tard, ce sont les femmes venues principalement des régions du café, de Medellin, Cali et Bogota qui s’installent sur le sol français. Les groupes armés ont propagé la peur dans une grande partie du pays, jusqu'à l’apogée de Pablo Escobar et du crime organisé qui ont fait fuir vers les États-Unis les familles les plus riches. Quand, dans les années 90, les guérillas des FARC, ELN et paramilitaires se partagent le pays, ce sont les paysans qui souffrirent de ce dépeçage, déplacés, assassinés ou disparus. Beaucoup fuirent vers les grandes villes, en particulier Bogotá. D’autres tentèrent leur chance et partèrent vers l’Espagne et les États-Unis. A cette période, il est encore possible de quitter la Colombie sans toutes les contraintes administratives et légales qui seront imposées plus tard et durant presque 20 ans aux Colombiens qui souhaitent partir.

Photo : Twitter de Roy Barreras 


L’arrivée des Colombiens en France : difficultés et enjeux

La communauté qui arrive à la fin des années 90 en France s’installe principalement dans les alentours de Paris. Ils viennent concurrencer le secteur de la maçonnerie, notamment partagé entre les portugais et les polonais. Les femmes colombiennes viennent à leur tour proposer leurs services dans l’aide aux personnes et la garde d’enfants. Il existe aujourd’hui une génération - presque deux - de colombiens nés en France, fruit de deux mondes. Le recensement français de 1982 comptabilise 1.852 colombiens (1). Ce nombre est multiplié par 5 dix ans plus tard. En 2003 étaient déjà recensés 5.000 dossiers de demande de régularisation, alors que ce nombre dépasserait facilement 50.0000 aujourd’hui, sans compter les binationaux, dans la plupart de cas l’espagnole.

La principale motivation de ces migrations vers l’Europe réside dans la quête de bien-être et de sécurité, comme a pu le démontrer Anne Gincel Collazos, sociologue de l’Université del Rosario et qui en 2009 réalise une étude sur la communauté colombienne en France (1), laquelle fut présentée à l’Université Sorbonne de Paris. Nous pouvons ainsi mieux comprendre le mode de vie actuel de cette communauté. Par exemple, Paris ne connait pas de quartier colombien ou latino aussi marqué qu’à Miami ou New York. La communauté colombienne est d’avantage intégrée en France. Il est par ailleurs possible de croiser des familles d’origine colombienne visiter des lieux touristiques de Colombie sans parler espagnol, tant leur intégration dans leur pays d’accueil a été radicale. Il est possible de trouver à Paris, une dizaine de restaurants colombiens qui proposent une offre mélangeant la gastronomie colombienne et française, comme « Mi Ranchito Paisa » dans le 9eme arrondissement de Paris, l’un des premiers restaurants à ouvrir à la fin des années 90. Ces restaurants sont très souvent le lieu de rencontre des membres de la communauté. À Lyon, le restaurant « Cafetero » est aussi bien connu de la deuxième plus grande communauté colombienne en France vivant dans l’agglomération. La plus grande réunion a lieu tous les 20 juillet, jour de l’Indépendance Nationale. 


Photo : Site internet de Mi Ranchito Paisa

Le quotidien des Colombiens en France

La vie en France est chère, mais le pouvoir d’achat est plus élevé qu’en Colombie. Un salarié colombien gagne environ 250 euros, tandis qu’en France, le salaire minimum est 4 fois plus élevé. Les Colombiens vivent pour la plupart à crédit. Lorsque l’on fait des achats en Colombie, il n’est pas rare de nous demander en combien de mensualités nous souhaitons régler. Pour un Colombien, la possibilité de travailler 35h par semaine environ - contre les 48h en Colombie - est une chance. Une partie du salaire est destiné à la famille, une partie de la population adulte vivant sur le sol colombien ne disposant pas de revenus réguliers, les membres de la famille présents en France participent en partie ou totalité à la prise en charge de certaines charges, comme les frais médicaux (2).

Pour les Colombiens qui vivent en France, la Colombie reste ce paradis perdu, ce pays que l’on visite une fois par an. En quittant leur pays, les Colombiens ont aussi dû quitter les avantages que la Colombie offre : une vie rythmée par les jours nationales et fêtes, la famille, une atmosphère unique, un environnement riche. Les Colombiens partent là où le vent les mènent. En Amérique centrale, il est couramment dit que « la chance nous touche quand nous marchons et beaucoup savent que nul n’est prophète en son pays ».

Juan Duputel, www.lepetitjournal.com/bogota, lundi 17 juillet 2017

(1) Anne Gincel Collazos, « Los colombianos en Francia : una migración pendularia del “entre dos” » (Thèse, Université del Rosario, 2009)

(2) Une sécurité sociale existe bien pour les plus démunis - « el Sisben », équivalent de la CMU française – mais celle-ci présente de nombreux inconvénients : bien que l’accès aux soins est presque gratuit, l’état de l’infrastructure des hôpitaux restent dans certains cas insalubre. De nombreuses personnes âgées, ou malades touchés par des pathologies graves ne sont pas prioritaires du fait du coût élevé de leur prise en charge.

 

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