Birmanie

SPORT - L’Odyssée des footballeurs africains en Birmanie : le revers de la médaille

Au Pays Doré, le ballon rond, pour eux, est loin de scintiller. Nombreux sont les joueurs africains à débarquer en Birmanie avec l’espoir, souvent déçu, de devenir footballeurs professionnels.

Ils ont la vingtaine, ils sont africains, ils rêvent de vivre du football et ils ont tout quitté pour venir tenter leur chance en Birmanie. Comme beaucoup d’histoires de migrations, il y a un pari sur l’avenir, l’espoir d’un Eldorado promis par un vendeur de rêve. Victimes de passeurs peu scrupuleux, Jarmyn, Melvin, Romaric, Henry et des dizaines d’autres Africains se retrouvent seuls et sans moyen au Myanmar. Dans ce pays dont ils ne connaissaient rien, ils tentent de survivre, trop fiers pour rentrer au pays sans avoir réussi.

“I have a dream”
"Tout ce que je veux c’est jouer au football et devenir un professionnel du ballon rond. Alors quand on m’a dit que j’avais une chance d’intégrer une équipe en Asie, je n’ai pas hésité", explique Jarmyn, un Namibien de 23 ans. Dans son cas, la terre promise, c’est la Birmanie. "La Birmanie, je ne savais où ça se trouvait, alors j’ai fait comme tout le monde : j’ai regardé sur Google Maps et j’ai dit ok".

Pourquoi foncer tête baissée ?  
Parce qu’en Afrique, il est très difficile de se faire une place, tant le nombre de joueurs talentueux est grand. Ailleurs, comme en Asie, y compris en Birmanie, où le football suscite un engouement croissant, les chances sont plus grandes de se faire un nom. Les passeurs le savent et n’hésitent pas à faire miroiter à qui voudra bien y croire, que les dirigeants de club asiatiques recherchent des joueurs africains. Il faut alors avancer de grosses sommes pour obtenir visa et billets d’avions. "Mais quand on arrive à l’aéroport, aucun club n’est au courant de notre venue. Il y a simplement un prétendu manager qui est le plus souvent de mèche avec ton passeur. Il te dirige vers un hôtel que tu devras payer de ta poche. Et après, on te dit que tu pourras passer des tests. Sois tu es bon et le club négocie pour te faire ton business visa. Soit, le plus souvent, tu es condamné à t’entrainer encore et encore", explique Romaric, un Camerounais arrivé au Myanmar en janvier. Pourtant, tous évoluaient en deuxième voire première division dans leur pays d’origine…   Pour leur premier voyage, l’Eldorado a vite tourné à l’enfer.

Persévérer encore et encore
Sur un terrain vague à Yangon, dans l’attente de mieux, ils s’entraînent "pour rester en jambes". Ici, pas de repérage à l’européenne, juste des matchs amicaux entre Africains. "Parfois, il y a le contact d’un contact qui dit qu’il va peut-être te présenter à un club", espère Jarmyn. Et même les plus chanceux, qui réussissent à entrer dans un club, n’ont aucune visibilité sur le long terme. "Parfois tu intègres une équipe pour un ou deux matchs mais après, le club ne veut pas payer tes papiers", déplore Romaric avant d’ajouter, "ici on ne regarde pas ta technique. Si tu marques, alors tu es bon. Si tu ne marques pas, tu es mauvais, même si tu as fait des passes décisives". Et même pour ceux qui réussissent, tout est loin d’être gagné et l’intégration loin d’être évidente :  "On nous donne des consignes: à chaque fin de match, en cas de victoire, nous devons rejoindre les vestiaires le plus vite possible.  Car pour les joueurs et les supporters en colère de l’équipe adverse, on devient très vite des cibles"

En attendant d’intégrer un club, les jeunes poulains, désargentés, sont livrés à eux-mêmes en terre étrangère. "Certains ont essayé de trouver du travail mais on leur a vite fait comprendre qu’ils prenaient la place d’un Birman et qu’ils n’étaient donc pas les bienvenus", révèle Melvin, un Libérien de 25 ans. Alors, c’est la débrouille : "On fait appel à la famille, aux amis pour pouvoir continuer à vivre". Ceux qui ont un peu d’argent de côté continuent leur odyssée vers d’autres horizons. C’est le cas de Melvin qui s’envole pour l’Inde : "Au moins, là-bas, on te paye juste après ton match. Alors qu’ici, même les locaux doivent parfois attendre des mois". Pourtant, ils se l’interdisent, impossible de rentrer au pays sans l’auréole de la gloire. "Pour venir ici, on a puisé dans les économies familiales, on ne peut pas revenir sans pouvoir rembourser, on aurait trop honte d’avoir échoué", confie Henry.

Du haut de ses 21ans, le jeune homme ne veut pas lâcher ses espoirs de réussite en Birmanie.  Ou ailleurs.  N’importe où, pourvu que la chance se décide un jour à lui sourire : "On n’obtient rien facilement dans la vie, il faut se battre et, avec l’aide de Dieu, on finira bien par réussir"Pauline Autin (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Jeudi 11 Mai 2017

 

 

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