BUSINESS - Phandeeyar, l’incubateur de start-up qui a le vent en poupe

Du Birman "lieu de création", Phandeeyar a vu le jour en 2014, surfant sur la vague de l’ouverture du marché des télécommunications, qui, en un rien de temps, a démocratisé l’usage de la téléphonie mobile et sorti le pays de décennies de non connectivité. Mi-geek mi- visionnaire, son fondateur australien, David Madden, parie sur les talents birmans et les nouvelles technologies, pour mettre son grain de sel dans le développement socio-économique du pays.  Pari en bonne voie de réussite pour cette fondation en tous points inspirante.

À vos marques, Start-up, partez ! 
Après avoir gravi les onze étages d’un vieil immeuble du centre ville de Yangon à bord d’un ascenseur à la mécanique douteuse, on arrive dans l’antre de Phandeeyar, un espace ouvert et lumineux, avec une vue impressionnante sur la rivière et le parc Maha Bandoola. Ici, ça fourmille d’activités, des joueurs de ping-pong en panne ou pause d’inspiration, des travailleurs indépendants usagers des bureaux partagés, quelques uns bidouillent une imprimante 3D, d’autres mènent une conversation passionnée, devant des formules écrites à même les murs vitrés.  Dans la salle dédiée à l’accélérateur d’entreprises, un grand panneau noir et blanc rappelle aux poulains le compte à rebours  avant la sortie du programme. 008, soit huit jours pour peaufiner leur produit et la présentation par laquelle ils tenteront de convaincre des investisseurs venus de Singapour. A l’origine du projet, "Code for Change Myanmar", une série de "hackathons" organisés  à Yangon en 2014 ; comprendre des développeurs passionnés qui se réunissent des jours durant pour faire de la programmation informatique collaborative, mettant ainsi leur talent au service de la création d’applications et  logiciels.  Selon David Madden, "l’idée que le pays allait devenir rapidement connecté et que cette connexion pourrait servir à améliorer la vie des gens était particulièrement excitante. On a découvert une communauté de hackers passionnés qui déployaient une énergie folle pour travailler à la résolution de problèmes pratiques : comment utiliser les nouvelles technologies pour aider les agriculteurs, les femmes enceintes". Le pays est prêt, Phandeeyar est alors lancé.

Aujourd’hui, les activités de la fondation se déclinent en trois volets principaux : un pré-incubateur et incubateur de start-up technologiques,  un programme de technologie au service du changement social et une offre de séminaires, ateliers, services de conseil auprès des communautés birmanes et expatriées. C’est le premier qui a particulièrement aiguisé la curiosité des journalistes et grands philanthropes, Phandeeyar étant financée, entre autres, par la fondation de George Soros et celle de Pierre Omidyar, fondateur d’eBay. L’idée est simple, sélectionner les start-up technologiques les plus prometteuses, leur donner un financement de démarrage (25 000 dollars), les former et les accompagner, les introduire enfin à un réseau de « mentors » expérimentés en création d’entreprises ainsi que d’investisseurs potentiels pour qu’elles puissent voler de leurs propres ailes.  Pour David, "l’objectif est de créer un cercle vertueux similaire au modèle de la Silicon Valley, où des entreprises prospères reviennent pour aider et investir dans de nouvelles entreprises ayant du potentiel. L’incubateur apporte aux start-up un réseau de mentors qui ont expérimenté les mêmes défis et qui vont pouvoir fournir des conseils précieux".  La première cohorte de start-up, ayant investi les locaux de Phandeeyar en Septembre dernier, est donc sur le point de sortir du programme. Quatre micro-entreprises dans des domaines variés (tourisme, recrutement, Bande-dessinée) qui ont développé et commencé à vendre leurs produits et services, en bénéficiant d’un accompagnement personnalisé et des partenariats que la fondation a établis avec des acteurs locaux ou internationaux en matière de communication, facilités de paiement, administration d’entreprises. EduLink pour les cours intensifs d’anglais, Facebook, Microsoft et Amazon pour l’hébergement de sites et le développement de la vente en ligne, PWC pour la gestion des liquidités, JobNet pour le recrutement, sont des exemples parmi tant d’autres. "Pour les entreprises de l’incubateur comme pour les personnes souhaitant monter leur business, il s’agit d’offrir des formations qui n’existent nulle part dans le pays, que ce soit sur une technologie ou une méthodologie particulière", nous confie David.  Par ailleurs, aux acteurs de changement que sont les organisations de la société civile, entrepreneurs sociaux, media indépendants, Phandeeyar apporte aussi son réseau de mentors et ses conseils pour leur permettre d’accroitre leur impact via l’utilisation accrue des nouvelles technologies. C’est ainsi par exemple que des organisations luttant contre les discours haineux sur les réseaux sociaux se sont récemment réunies dans les locaux de Phandeeyar ou que des initiatives telles que Open Hluttaw, une plateforme via laquelle les électeurs peuvent communiquer avec leurs élus, ont pu voir le jour. 

Déjà un paquet d’histoire à succès…
"Le plus gratifiant dans tout ça c’est de travailler avec ces birmans passionnés et inépuisables qui essaient vraiment de changer leur pays. Que tu viennes à 9h du matin en semaine ou à 17h un dimanche, tu trouveras toujours un groupe dans les locaux. Etre capable de les soutenir et de les encourager est un privilège énorme".  Interrogé sur l’histoire à succès emblématique de Phandeeyar, David revient sans hésiter une seconde sur la compétition organisée afin de créer un site/une application destinés à informer les votants avant les élections de 2015. Une participation inédite (137 inscrits), deux semaines de préparation du produit et à la clé un vainqueur. "mVoter2015", l’application  gagnante, figure à ce jour parmi les applications produites en Birmanie les plus installées et utilisées. "Ce qui est incroyable c’est que les créateurs de cette application n’avaient jamais voté. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’il fallait mettre dans une application de ce genre. Alors ils se sont entourés d’associations d’éducation au vote et ont vu dans cette compétition le moyen de produire quelque chose d’utile à la réalisation de ce moment historique".  À l’heure où le pays est englué dans des conflits meurtriers et où nombreux sont les investisseurs étrangers et diplomates à s’accorder sur le fait que l’élan d’enthousiasme pour le pays est en train de retomber, en voilà une histoire qui redonne des raisons d’espérer. 

Mais de nombreux défis encore à relever
Evidemment, cette vitrine idyllique masque une forêt de défis quotidiens, plus ou moins lourds à gérer. "C’est assez compliqué de faire tourner un laboratoire d’innovation quand on n’a pas Internet", ironise David, lorsqu’il revient sur les débuts de Phandeeyar.  "Et puis quand tu as un événement prévu depuis longtemps et qu’il n’y a pas de courant, ou que l’ascenseur est cassé, ce sont des détails logistiques et pratiques certes, mais qui peuvent vraiment être embêtants", poursuit notre interlocuteur. D’une manière générale, les politiques publiques de soutien aux entreprises – et encore plus aux start-up reposant sur les nouvelles technologies – sont encore à la traine en Birmanie, comparées aux voisins du sud-est asiatique. "Dans la région, les gouvernements essaient vraiment de soutenir l’écosystème technologique. Ici, on en est loin, il y a encore tellement à faire sur les services de base, les infrastructures, l’énergie".  Les start-up technologiques subissent ainsi encore de plein fouet les limites du secteur bancaire (et partant, on l’a vu dans un précédent article, le manque cruel de moyens de paiement digitaux ou d’investissements), et l’archaïsme juridique qui encadre l’entreprenariat.  Selon le fondateur de Phandeeyar,  "c’est sûr, aujourd’hui, il y a un marché qui n’existait pas il y a deux ans à peine ; les birmans peuvent acheter des produits et services digitaux, ils font beaucoup de choses sur Internet, sans quoi Phandeeyar n’aurait même jamais pu voir le jour.  Mais il y a encore énormément de changements à faire et de politiques à mettre en place pour créer un environnement propice au développement des start-up et entreprises en général." 
Retrouvez le blog de Justine: http://justine.hugues.fr/
Mardi 28 Mars 2017 (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Justine Hugues

 

 

 

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