HISTOIRE D’EXPAT – Pierre Lacoste, pasteur de l'Église Protestante Française de Beyrouth

 

Installé au Liban depuis trois ans, ce fils de militaire français se consacre à sa paroisse et multiplie les actions bénévoles auprès de diverses associations.

Photo : © Albert Hubert 
LPJ Beyrouth : Qu’est-ce qui vous a amené au Liban ?
Pierre Lacoste : Après 25 ans de mission pastorale, on prend des habitudes, on reproduit des schémas et la projection que l’on a de soi devient statique. Je devais sortir de ma zone de confort. J’ai appris par la Fédération protestante de France qu’un poste se libérait à Beyrouth. 

Avec mon épouse, Christine, le désir de nous sentir étranger quelque part, coupé de ses repères, nous parlait. Il y avait des choses qui nous plaisait de moins en moins en France à cette époque-là, notamment le discours sur l’étranger. Nous sommes donc partis, non pas à l’étranger, mais comme étranger.

Quelles ont été vos premières impressions en arrivant au Liban ?
Ce pays, qui a une histoire incroyable, est en perpétuelle interrogation sur son identité nationale, sur ce qu’il est. Le Liban est un pays étranger à lui-même dans lequel, je ne suis finalement pas si étranger que ça. N’importe qui peut se sentir chez lui assez rapidement dans ce pays si complexe. C’est cela qui m’a plu tout en me décontenançant.

Au Liban, il y a une vraie culture qui réunit des gens de toutes obédiences et un énorme réseau de valeurs convergentes. Bien sûr, il y a des étendards qui séparent mais je trouve que le Liban, avec sa complexité pouvant paraître insurmontable, s’en sort globalement très bien.

C’est un pays-message, comme l’a dit le pape Jean-Paul II, un pays-laboratoire, étrange et fascinant, dans lequel on peut être très heureux.

Photo : © Albert Hubert 

Quelle est l’histoire de la communauté protestante française au Liban ?
Elle s’est installée à l’époque du mandat français, en 1920. Après la Première guerre mondiale, les Français arrivent et délogent les Allemands installés là, alliés des Ottomans. Grâce au traité de Versailles, les biens allemands sur le territoire libanais ont été cédés aux Français. Ce traité stipule que les biens doivent garder leur vocation d’origine.

Ainsi, l’Eglise protestante allemande devint une église protestante française, avec obligation qu’elle reste une église. Les bâtiments comprenaient également une école de jeunes filles ainsi qu’un dispensaire, tous situés à l’endroit où se trouve l’École supérieure des affaires (ESA) aujourd’hui. Le dispensaire a disparu dans les années 80 mais l’école de filles est devenue par la suite le Collège protestant.

Le temple a récemment été rasé, pourquoi décider d’en construire un nouveau ?
Pour que l’Eglise protestante française perdure au Liban. Pour préserver la présence d’un pasteur au Liban, notamment d’un point de vue financier, il a été décidé de vendre une partie du terrain sur lequel se trouvait le temple. Ce capital permet également de financer le projet du nouveau temple, porteur du témoignage historique des protestants français au Liban.

Nous espérons que le temple sera reconstruit d’ici deux ans. Nous attendons le permis de construire. En attendant, le culte du dimanche se déroule dans l’enceinte du Collège protestant, dans la salle de réunion du conseil d’établissement.

Quelles sont les caractéristiques des protestants au Liban ?
Le protestantisme libanais existe depuis longtemps, grâce aux missions américaines. Il représente environ 1% de la population. Le protestantisme français est une minorité dans la minorité. La communauté est principalement composée d’expatriés ou de résidents français. 

Cette communauté s’est réduite au fil des années, jusqu’à ce qu’une nouvelle population arrive dans les années 2000, celle des domestiques malgaches, souvent protestantes et francophones. Pour elles, l’église protestante est un refuge.  Aujourd’hui, 80% de mes paroissiens sont des Africaines.

Il y a également des Français vivant au Liban, pas forcément protestants, mais qui viennent au temple.  J’accueille aussi des Libanais francophones maronites, déçus par une certaine pratique religieuse qui perd en spiritualité selon eux. Nous organisons des activités, notamment des excursions.

Le 18 et 19 mai prochain, un colloque, intitulé « Parole de Dieu, violence des hommes », sera organisé à l’ESA.

Quelles relations avez-vous avec les représentants français et les dignitaires religieux au Liban ?
J’entretiens des relations régulières avec les religieux libanais. Malgré la barrière de la langue, je suis soucieux de faire acte de présence. Nous devons être là, à l’écoute de tous, auprès de tous. Pendant la guerre civile, mon prédécesseur, dans un esprit de neutralité, organisait des rencontres avec des dignitaires religieux de toutes confessions. Je suis actuellement un master en relations islamo-chrétiennes à l’USJ, me permettant ainsi d’être en contact avec la réalité religieuse au Liban.

Je suis également invité par l’ambassadeur de France à l’occasion de certaines visites. J’ai par exemple rencontré le président du Sénat Gérard Larcher qui est de confession protestante, lors de son dernier déplacement au Liban.

Vous êtes également très actif sur le front associatif…
Je connais également très bien Kamel Mehanna, directeur de l’ONG Amel. Quand je suis arrivé au Liban, Christine a rencontré Fayda Mehanna, l’épouse de M. Mehanna, qui enseigne au Collège Protestant. Nous avons créé avec eux un système de parrainage d’enfants réfugiés au Liban avec la France. Aujourd’hui, 500 enfants ont été parrainés. 

Je suis aussi en relation avec l’association Adyane, qui prône le dialogue interreligieux.
                                                                                                                                                            Photo : © Albert Hubert 

La Rédaction (www.lepetitjournal.com/Beyrouth) dimanche  8 janvier 2017

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