Beyrouth

OLIVIER ROY – En ouverture du colloque « Parole de Dieu, violences des Hommes »

 

Le spécialiste de l’islam, Olivier Roy, a inauguré une série de conférences organisées à l’Ecole supérieure des Affaires (ESA) par l’Eglise protestante Française de Beyrouth.

L’auditorium Audi de l’École supérieure des Affaires (ESA) était plein le 17 mai pour le lancement du colloque des Cèdres. Organisée par l’Eglise protestante française de Beyrouth et la Fondation des Cèdres, cette série de rencontres, sur le thème « Parole de Dieu : violences des Hommes » a débuté par la conférence inaugurale du politologue français et spécialiste de l’islam, Olivier Roy.

Après une courte intervention du pasteur Pierre Lacoste, Marc Friedel, président de l’Association Protestante française de Beyrouth et de la Fondation des Cèdres a présenté le concept du colloque.  

« Du fait de l’actualité dramatique, parler du lien entre la religion et la violence est un vrai défi », déclare Marc Friedel. Interroger l’utilisation par les hommes des textes religieux pour justifier la violence, interpréter les discours sous plusieurs angles et examiner tous les éventails de la violence religieuse, tels sont les objectifs de ce colloque. Durant ces deux jours, les regards des chercheurs venus de sept pays différents seront croisés et débattus. « La religion et la violence sont des langages, la violence religieuse est une maladie langagière », conclut avec brio le directeur de la fondation des Cèdres.  

Pour observer cette épineuse relation, « il ne faut pas minimiser, diluer les faits, ni stigmatiser une religion en particulier », selon Olivier Roy. Il y a tout d’abord deux pièges à éviter. D’abord, échapper « au syndrome de la fausse paix ». « Ce syndrome c’est celui qui consiste à rassurer les consciences en affirmant ‘la religion, c’est l’amour et la paix... ‘. Même s’il ne faut pas mettre du religieux dans tous les conflits, on ne peut nier l’existence d’une violence purement religieuse », affirme Olivier Roy. « Dans la violence laïque, on déshumanise l’autre. Or dans la religion, on ne peut pas traiter l’autre comme un animal, car il est aussi une créature de Dieu », explique-t-il.

« Il faut également arrêter de chercher dans la théologie le comportement des croyants, de sortir un panier de clichés pour expliquer un comportement culturel », insiste Olivier Roy. Si on prend le cas des jeunes occidentaux qui sont partis faire le jihad, « pour aucun d’entre eux, le passage au terrorisme n’est lié aux textes » analyse-t-il, « la plupart n’ont même pas lu le Coran ! ». « Ce qui les attire, c’est l’esthétisation de la violence, la mise en scène de la cruauté par Daech, qui effectue tout un travail d’exégèse technique pour justifier ses actes et se crédibiliser ».

Pour Saint-Augustin, « ce n’est pas l’acte de tuer qui est antireligieux, c’est la façon de tuer » résume Olivier Roy. « L’homme ne doit prendre aucun plaisir à tuer l’autre. La religion a donc déterminé des règles pour intégrer la violence et la contenir », ajoute-il. « Le père fondateur du jihadisme, Abdullah Azam, a lui aussi établi des règles dans son ‘Manuel du jihadiste’. Son but était de créer une légion globalisée de musulmans, de combattants de la foi où l’éthique de la violence obéit à des règles religieuses », expose l’expert.

Dernier sujet abordé, la dé-radicalisation.  Selon Olivier Roy, « nos sociétés séculaires ont tendance à adopter des techniques de gestion religieuses pour faire face à la dé-radicalisation ». « On pense que le problème réside dans la religion, il faut donc faire avouer, confesser l’autre. Le problème est en réalité plus vicieux… Il demeure dans la déculturation du religieux. Les études et recherches montrent que la radicalisation s’est formée principalement dans des lieux où la religion était en crise », dit-il. « Nous sommes à un moment charnière, il faut trouver comment reculturer le religieux », conclut M. Roy. 


 

Olivier Roy

Professeur à l'institut européen universitaire de Florence, où il dirige le programme méditerranéen et le projet religion west. Agrégé de philosophie. Méne une réflexion sur les rapports entre le politique et le religieux, qui s'attache principalement à l'islam. A publié de nombreux ouvrages, dont La Sainte Ignorance, Le temps des religions sans culture (Paris, Le Soleil 2012, 2008)




Sarah DELBOS (www.lepetitjournal.com/Beyrouth) jeudi 18 mai 2017

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