Berlin

PRÉCARITÉ - Des retraités allemands obligés de rempiler pour survivre

Alors même que le pays résiste toujours mieux que d’autres en Europe face à la crise qui frappe le continent, près de 4 millions de retraités seraient aujourd’hui menacés de pauvreté Outre-Rhin. Entre précarité et pauvreté, nombreux sont ceux qui, arrivés à l’âge de la retraite, se voient contraints de rempiler pour quelques années. Coup de projecteur sur ces nouveaux retraités allemands premières victimes du travail précaire

Ils distribuent les journaux, remplissent les rayons des supermarchés, ramassent les bouteilles consignées dans la rue ou continuent tout simplement de se rendre chaque matin au travail alors même qu’ils ont atteint l’âge légal de départ à la retraite. Qui sont ces nouveaux retraités allemands toujours plus nombreux à vivre sous le seuil de pauvreté ? Détresse sociale ou simple volonté de ne pas rester oisif ? Les raisons qui poussent ces retraités à reprendre du service sont diverses.

"Il y en a beaucoup qui travaillent parce qu’ils se sentent en forme", explique Holger Schäfer expert du marché du travail de l’Institut de l’Economie allemande (IW). Certaines enquêtes menées récemment  montrent en effet que les personnes âgées qui continuent de travailler sont pour la plupart qualifiées. Aujourd’hui, près de 80.000 retraités travaillent à plein temps : un nombre qui a doublé depuis 1999. Steffen Haas, chargé de réintroduire sur le marché du travail  les anciens cadres retraités des moyennes entreprises explique : "Les cadres retraités ne sont pas dans l’obligation de travailler. Ils endossent des responsabilités nouvelles car ça leur plaît et parce qu’ils le veulent bien. Ce qui fait qu’ils sont particulièrement motivés et qu’ils se concentrent davantage sur leur travail ce qui est un atout indéniable pour l’entreprise. Un ingénieur, qui  a, par exemple, 40 ans d’expérience derrière lui porte un autre regard sur les projets et structures qu’un jeune fraîchement diplômé"

Bien loin d’une retraite dorée
Des retraités qualifiés qui travaillent parce qu’ils ont encore de belles années d’eux ? L’explication est pourtant bien loin de refléter l’immense majorité de ceux qui sont contraints de rester dans la vie active pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui, près de 4 millions de retraités allemands seraient en effet menacés de pauvreté. Une réalité qui touche plus particulièrement les travailleurs pauvres ayant pourtant cotisé de nombreuses années.

Actuellement, 2,5% des retraités allemands, c’est-à-dire 400.000 personnes vivent avec le minimum vieillesse, soit 688 euros. Et les conditions pour l’obtenir sont draconiennes : le bénéficiaire ne doit ni être propriétaire ni posséder d’épargne. Dès lors, un nombre considérable de retraités allemands dont les ressources ne suffisent pas pour survivre, retournent travailler venant ainsi grossir la masse des travailleurs précaires. Car loin d’être revues à la hausse, les retraites ne cessent de diminuer en Allemagne. Ainsi, une personne qui touchait sa retraite pour la première fois en 2000 et avait cotisé au moins 35 ans recevait en moyenne 1.021 euros par mois. En 2011, il ne s’agissait plus que de 953 euros. Parallèlement à cette baisse des retraites, on assiste depuis 12 ans à une augmentation massive du nombre de retraités exerçant un mini-job. "Depuis 2000, le nombre de minijobs a progressé de 60% chez les plus de 65 ans. 761.000 retraités exercent aujourd’hui un mini-job en Allemagne contre 280.000 en 2000. Il s’agit des contrats les plus répandus chez les retraités. En effet, ils reviennent moins cher à l’employeur car ils sont exonérés des charges sociales et non imposés", explique Benedikt Dederichs, porte-parole de l’Association d’aide sociale en Allemagne (SoVD).

Le système de retraites allemand ne date pas d’hier. Mis en place par Bismarck en 1883, il figure comme le plus ancien du monde. Très critiqué aujourd’hui, on lui reproche entre autres d’avoir accéléré la paupérisation des retraités allemands. Il y a un mois, Ursula von der Leyen, la ministre fédérale des Affaires sociales a tiré la sonnette d’alarme évoquant sans ambages ce qui attendait la jeune génération si une réforme de ce système n’aboutissait pas. En 2030, un travailleur indépendant ayant cotisé 35 années et gagné 2.500 euros brut par mois ne gagnera pas plus que le minimum vieillesse allemand, soit 688 euros par mois.

Une réforme qui fait polémique
Pour remédier au problème et anticiper l’augmentation croissante du nombre de retraités en Allemagne, la ministre a proposé la mise en place d’une subvention de l’Etat qui assurerait une retraite minimum de 850 euros à quiconque aurait cotisé 35 années. A partir de 2018, le salarié devra également cotiser au moins une année à une retraite privée. Cette réforme ne fait cependant pas l’unanimité au sein de la coalition conservatrice au pouvoir.

Si les retraités subissent de plein fouet la crise qui touche l’Europe, ils n’en sont pas les seules victimes. Outre-rhin, ce sont 16 millions de personnes, soit un Allemand sur cinq, qui est menacé par la pauvreté.

Laurie Tierce (www.lepetitjournal.com/cologne) Lundi 19 novembre 2012 (première publication dans l'édition de Cologne le 12 novembre)

http://www.sueddeutsche.de/karriere/senioren-mit-minijob-immer-mehr-rentner-arbeiten-1.1451641
http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20121019trib000726045/la-misere-des-retraites-allemands.html
http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20121019trib000726045/la-misere-des-retraites-allemands.html

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