

Tous les jeudis, Amine Cassim, consultant financier installé à Berlin depuis 2009, partage pour le petitjournal.com son point de vue critique sur la zone européenne. Cette semaine, Amine interroge dans son billet l'efficacité du modèle allemand imposé aux autres pays européens
L'axe franco-allemand a vécu, et il est temps d'en prendre conscience ! Tout le monde parle du "modèle allemand", mais en réalité personne n'en veut, car n'est pas allemand qui veut ! Sur les dix dernières années, par exemple, le coût unitaire de la main d'oeuvre en France a augmenté de 6% par rapport à la moyenne de la zone euro, tandis que celui de notre voisin a baissé de 7% par rapport à cette même moyenne.
Dans le reste de l'Europe, les résultats ne sont guère brillants. Le regain de compétitivité en Europe du Sud n'est qu'une illusion. Les salaires et la demande intérieure sont en berne, le chômage explose, et va menacer à terme tous les gouvernements. Les banques ne prêtent pas, alors qu'en Italie, nous sommes au bord d'un énième nouveau scandale financier avec la banque italienne Monte dei Pashi, dont le pésident vient d'avouer une perte de 820 millions d'euros sur les dérivés. Les mesures d'austérité imposées par la Troika (la BCE, la commission européenne et le FMI), ne provoquent qu'impasse et misère.
Situation critique dans les pays du Sud
En Espagne, les capacités de production industrielle ont plongé de 8% en 2012, et le déficit budgétaire a atteint 8% du PIB alors que le gouvernement de Rajoy avait un objectif de 4,5%.
Au Portugal, le meilleur élève de Mme Merkel, puisqu'il a appliqué à la lettre le plan allemand, la situation s'est dégradée. Le pays fait face à une bronca de la population, alors que le PIB du pays a reculé de 0,9% au 3ème trimestre par rapport au trimestre précédent, et de 3,5% en glissement annuel.
Les marchés financiers ont grimpé (20% de hausse en moyenne sur 2012) mais c'est un leurre. Les algorithmes sont à la manoeuvre, et surtout la spéculation compte sur Super Mario (Draghi, président de la BCE) pour venir à la rescousse en cas de retournement. Jeu de poker menteur qui pourrait très mal tourner aux moindres vents contraires, car il apparait difficile de croire que la banque centrale européenne va racheter massivement de la dette, sans que les Allemands n'aient leur mot à dire !
Un changement obligatoire
Il va donc falloir changer la manière de gouverner l'Europe, car durant trois ans, au plus fort de la crise, toutes les décisions prises ont été imposées aux différents peuples, et aujourd'hui le sentiment anti-allemand en Europe du Sud atteint des niveaux qui nous ramène à 60 ans en arrière, et ils ne sont pas près de pardonner au gouvernement Merkel le coût financier et social de la purge. Austérité insupportable et intolérable - il ne sert à rien de mourir guéri ! - il est temps de passer à un véritable gouvernement européen, où les citoyens seraient souverains (pas les Etats), ce qui évitera par exemple à l'Allemagne de prendre des décisions pour toute l'Europe sans que les peuples ne soient consultés. Ils seraient alors responsables de leurs affaires communes, et c'est la seule manière de sauver l'Europe.
Après les festivités du cinquantenaire du Traité de l'Elysée, où d'ailleurs aucun dirigeant, de part et d'autre du Rhin, ne s'est risqué à parler de l'avenir de la relation franco-allemande, les réalités vont vite prendre le dessus, et il ne serait pas étonnant que les années 2013-2014 soient celles de tous les dangers.
Amine Cassim (lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 7 février 2013














































