Édition internationale

VINCENT COSTE - "Notre ambition est de repositionner Air France comme la meilleure compagnie aérienne au monde"

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 décembre 2012

Le nouveau directeur d'Air France-KLM pour la Péninsule ibérique a présenté la semaine dernière les plans de vol du groupe aérien pour le moyen terme. En harmonie avec la politique du groupe, l'excellence du service client est au centre du développement de la compagnie dans la Péninsule. Marché stratégique en Europe et au niveau mondial pour son volume de passagers, l'Espagne représente aussi une plateforme de propulsion vers l'Amérique du Sud et son formidable potentiel.

(Photo lepetitjournal.com)

Nommé en août dernier à la direction générale du groupe Air France-KLM pour l'Espagne et le Portugal, Vincent Coste dispose à son actif de 20 ans de carrière au sein de la compagnie, avec des escales à New York, Santiago du Chili, Paris, Milan et Bruxelles. A la tête d'une équipe de quelque 280 personnes, avec "une forte présence commerciale" sur le territoire, il a en charge de consolider la position du groupe sur un marché faisant partie du "top ten mondial", dans un contexte difficile marqué par la crise économique, la concurrence du low cost et la hausse des taxes aéroportuaires en Espagne.

Lepetitjournal.com - Quelle sera l'offre d'Air France-KLM en Espagne sur les prochains mois ?
Vincent Coste : Nous allons maintenir une offre très semblable à celle de l'hiver dernier, à savoir 13 destinations depuis 8 aéroports (Barcelone, Bilbao, Madrid, Málaga, Palma, Séville, Valence et Vigo) opérées en collaboration avec les filiales régionales d'Air France (Brit Air et Régional) et permettant de desservir des villes telles que Paris, Amsterdam, Lyon, Bordeaux ou Toulouse. Nous prolongeons notamment cet hiver la nouvelle route inaugurée cet été entre Séville et Toulouse. A l'hiver 2013, le groupe sera en mesure d'offrir plus de 700 vols hebdomadaires depuis et vers l'Espagne.

> Air France-KLM en quelques chiffres
CA 2011 : 24.360 millions d'euros
Nombre de passagers transportés en 2011 : 75,8 millions
230 destinations dans 130 pays
Capital en décembre 2011 détenu à 15,8% par l'Etat français

Comment comptez-vous freiner les pertes sur le transport de passagers en courtes et moyennes distances ?
L'ensemble des compagnies traditionnelles sont confrontées à ce dilemme. Nous devons tous réfléchir à la manière dont nous comptons affronter la crise. Air-France KLM jouit en Espagne d'une situation particulière, qui veut que 65% des passagers qui sont transportés depuis la Péninsule effectuent des vols de connexion, avec un transit en France et une destination finale vers un pays tiers. Pour nous, ce marché est rentable et d'une grande valeur commerciale. En contre-partie le transport de passagers d'un point à un autre entre la France et l'Espagne, est un segment sur lequel nous connaissons des pertes, et qui est bien occupé par les compagnies low cost.
La force d'Air France-KLM est donc de disposer d'un réseau bien équilibré, avec deux gros hubs sur Roissy et Amsterdam, permettant une activité intelligemment répartie entre le trajet courte ou moyenne distance et les vols en connexion, sur du moyen et longue distance.
Cela dit, si les cycles de l'industrie aéronautique suivent ceux de l'économie, nous préparons d'ores et déjà la sortie de crise à l'horizon 2014, avec une stratégie ambitieuse.

C'est à dire ?
Contrairement à d'autres compagnies, notre stratégie n'est pas uniquement focalisée sur le prix comme seul leitmotiv. Nous devons aujourd'hui investir pour la sortie de crise de demain, afin d'être les meilleurs et de profiter au mieux de la hausse du trafic, notamment liée au business et aux voyages d'affaires, lorsque l'économie sera en phase de récupération. Pour cela, notre ambition est de repositionner Air France comme la meilleure compagnie aérienne au monde. Nous allons proposer la meilleure première classe et la meilleure classe business sur le marché, afin de générer un appel d'air sur le segment "high yield" du transport de passagers. Concrètement, nous proposons un service client optimisé, des facilités pour la gestion des billets, une restauration à bord assurée par des "chefs" réputés et un "upgrade" général de nos prestations. La seconde étape de cette stratégie, fin 2013, consistera à investir dans de nouveaux sièges, afin de proposer à nos passagers les meilleurs fauteuils de l'industrie.

En Espagne, vous êtes en concurrence directe avec Iberia, notamment sur l'Amérique du Sud. Quelle est votre stratégie à cet égard ?
Nous sommes enthousiastes par rapport aux opportunités que représente l'Amérique du Sud et très contents du trafic que nous y développons. Pour nous, il s'agit d'un continent en plein développement, sur lequel nous avons de bons ratios en termes de coût par passager et par kilomètre. De fait, la rentabilité d'une destination dépend principalement des coûts qu'elle suppose. Or Air France, avec une flotte très jeune (7/8 ans en moyenne) dispose de coûts d'exploitation très bas par rapport à la concurrence. Le Brésil, avec la Coupe du monde de football, devrait ajouter au dynamisme et aux opportunités dont nous pouvons profiter. D'ici 2014, nous devrions par exemple desservir Sao Paulo avec l'Airbus A380.

La rentabilité des routes aériennes est au coeur de votre développement...
La rentabilité d'une route, c'est le secret le mieux gardé de l'industrie. C'est ce qui permet de se différencier de la concurrence. Air France-KLM a notamment pour ambition au cours des deux prochaines années de totalement réorganiser ses vols de moyen-cours pour ne plus perdre d'argent sur ce secteur. Dans ce cadre, nous évaluons chaque route, en effectuant un travail de rationalisation important.

Est-ce suffisant pour faire face au low cost ?
Les compagnies low cost sont en mesure de proposer des prix attractifs parce qu'elles jouent sur des coûts salariaux beaucoup plus bas que ceux établis dans les compagnies traditionnelles, d'une part, mais aussi parce qu'elles bénéficient d'aides (de la part des aéroports ou des régions par exemple) sans lesquelles elles ne seraient pas en mesure d'opérer à ces niveaux de prix. Nous pensons que toutes les compagnies devraient jouer avec les mêmes règles du jeu, et qu'il devrait s'établir une concurrence saine, avec les mêmes conditions pour tous, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. De toutes manières, nous sommes convaincus qu'il existe un segment du marché qui n'est pas uniquement régit pas le critère "prix", un type de voyageurs qui demande aussi du service, de la flexibilité, un minimum de confort.
Enfin il faut savoir que lorsqu'une compagnie low cost s'installe sur une route, elle augmente de 20 à 30% le trafic vers cette destination. Nous considérons que nous récupérons une part de ce nouveau trafic, notamment parce que, même si nous ne nous alignons pas sur les prix les plus bas du low cost, nous restons en mesure de proposer des tarifs attractifs, avec des conditions de voyage plus confortables.

Que pensez vous de l'augmentation des taxes aéroportuaires en Espagne ?
Nous ne sommes pas d'accord avec cette hausse drastique des taxes, qui a été de l'ordre de 19% sur l'ensemble du territoire en 2012, mais a atteint 50% sur Madrid et Barcelone. Il est encore prévu d'augmenter les taxes de 8,5% en janvier 2013 et il faut savoir que nous sommes obligés d'appliquer cette hausse sur le prix des billets. Il y a une corrélation évidente entre le prix des billets et le nombre de voyageurs sur une destination. A terme, la question est de savoir si les rentrées d'argent générées par cette hausse des taxes ne risquent pas, pour l'Espagne, d'être compensées par une baisse du trafic.

Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 26 novembre 2012

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Publié le 26 novembre 2012, mis à jour le 10 décembre 2012
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