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INTERVIEW - Yannick Rascouët, directeur de l'Institut Français de Barcelone

Depuis un an, Yannick Rascouët est aux commandes d'un grand "vaisseau" comme il l'appelle, l'Institut Français de Barcelone. Avant un mois de fermeture estivale, retour sur les points forts de cette année, et petit avant-goût de ce qui se projette pour la rentrée 2012

(Photo lepetitjournal.com)

Lepetitjournal.com : Quel bilan tirez-vous de cette première année à la tête de l'Institut Français de Barcelone ?

Yannick Rascouët : D'abord, je suis heureux d'être ici. Je connaissais l'Institut français de l’extérieur. Je l'ai découvert de l'intérieur ;  je me suis confronté à ses réalités. C'est un beau vaisseau de 40 ans chargé de missions bien connues.
La première, la diffusion de la langue française est essentielle. Soyons prudents mais pour l’heure l’objectif de développement a été tenu : on constate en effet une légère croissance du nombre des étudiants pour l’année 2011/2012. Plus de 80 % des cours sont suivis par un public de moins de 30 ans. Les débutants sont de plus en plus nombreux. Cela signifie que le français est un outil professionnel, et beaucoup de jeunes font le pari d'investir dans cet apprentissage de notre langue.
Le rayonnement culturel de l'Institut est lié à la recherche d’un équilibre entre la programmation dans les murs et hors les murs, chaque fois que possible en partenariat. Nous avons essayé de faire fonctionner à plein régime nos équipements culturels en réaménageant la médiathèque de manière à en faire un lieu de rencontres avec des auteurs, en accueillant plusieurs festivals de cinéma dans la salle de spectacles, ou encore en hébergeant des artistes dans la résidence, La terrasse s’est même révélée être un lieu de charme pour une séance de contes.
Ces succès sont dus à une mobilisation collective des équipes de l’Institut.

Avez-vous été surpris de l'ampleur des difficultés économiques en Catalogne ?
Le contexte économique alentour est certes préoccupant mais il convient de rappeler que la Catalogne n’est pas la seule concernée. Cette situation difficile ne doit pas toutefois servir de prétexte pour se laisser aller au découragement. Dans un établissement culturel il faut explorer de nouvelles manières de travailler, innover pour tenter de faire face à cette crise. Lorsque l'argent coule à flot, chacun à tendance à travailler en solitaire, pour sa "petite entreprise". La crise permet de se rendre compte que l'Autre existe, et que c'est ensemble qu'on pourra se maintenir et pourquoi pas progresser. Les difficultés nous obligent à être plus solidaires, mais également plus exigeants dans le choix de nos projets. En ce qui concerne l'Institut, il va plutôt bien mais de quoi demain sera fait, je n’en sais rien.

Un peu d'Histoire
L'Institut Français de Barcelone, fondé en 1922 sous l'égide de l'Université de Toulouse, a vécu sa grande période d’agitateur culturel dans les années 1950/60. "Remarquablement implanté, l'Institut est vénéré par la génération qui a connu cette période". Selon Yannick Rascouët, "aujourd'hui, le défi à relever consiste à faire en sorte que les jeunes générations lui manifestent tout autant d'intérêt que leurs aînés, dans un contexte totalement différent. Pour cela, il faut que l’Institut aille vers eux, dans leur diversité".

Quels retours pouvez-vous percevoir de la part du public ?
Les étudiants nous font confiance pour la qualité des cours dispensés. Au niveau de la programmation culturelle, plusieurs personnes m'ont dit qu'ils venaient pour la première fois à l’Institut. S'ils viennent, c'est que quelque chose les intéresse. L'Institut français entend proposer une programmation qui puisse toucher la société dans son ensemble, vaste et composite. Vidéastes, écrivains, plasticiens...l’objectif est d'offrir la plus large palette possible et de nouer des partenariats toujours plus nombreux et productifs. Tout cela pour contribuer à une offre culturelle déjà très riche et très ouverte sur le monde à Barcelone. La concurrence nous pousse à proposer des choses différentes avec parfois des résultats surprenants : je pense à un court métrage de 19 minutes ("Mudanzas") qui à fait salle comble : 330 spectateurs

Comment décririez-vous la qualité de vos relations avec vos interlocuteurs catalans ?
C'est un vrai bonheur de travailler avec nos partenaires culturels catalans. Cela se fait naturellement et simplement. Je pense notamment à la Fondation Tapies, au CCCB, à Arts Santa Monica, à la Virreina ou encore au Mercat de les Flors et la liste n’est pas exhaustive. Nos relations sont excellentes et dépendent bien entendu des hommes et des femmes qui sont sensibles à ce que l'Institut français peut leur apporter. Réciproquement, nous sommes à l’écoute des souhaits qu’ils peuvent formuler. Les circonstances nous obligeraient d'ailleurs si tel n’était pas le cas, à cette ardente et agréable coopération. Cette année, Barcelone est invitée d'honneur au Salon du livre, à Paris. La Catalogne a par ailleurs présenté huit spectacles au festival d'Avignon. En février, nous allons faire venir six artistes catalans et autant de jeunes artistes français, avec l'objectif de faire découvrir de jeunes talents. On ne peut que se féliciter de ces échanges tout particulièrement de ceux qui conforment une coopération interrégionale.

Dans quels domaines allez-vous mettre l'accent à la rentrée ?
Nous allons continuer à développer notre médiathèque. D'une part le fonds pour les apprenants : chaque étudiant de chaque niveau peut y trouver des CDs, DVD, et bien sûr des livres pour prolonger le cours et approfondir sa connaissance de la langue. Le fonds de bandes dessinées, qui s'est déjà enrichi de 500 albums cette année, devrait en voir arriver autant l'an prochain. Les efforts vont également porter sur la qualité des cours. Cela passera par une offre accrue de formation pour les enseignants, ainsi que par la mise en œuvre d’une plateforme pédagogique qui permettra, par exemple, aux étudiants absents de rattraper leurs cours, aux professeurs de monter des projets en commun, ou de bloguer avec leurs classes. Nous devrons poursuivre également les efforts en matière d’accueil avec des espaces confortables et mieux équipés. L'Institut français doit être un établissement où tous les usagers se sentent bien.

Quelques projets phares à nous dévoiler ?
Nous devons séduire de nouveaux publics. Pour la première fois, l'Institut français prendra part au Festival de Jazz de Barcelone. Trois concerts de jazz sont prévus : Irène et Francis Jacob, Dan Tepfer et Michel Portal. Nous recevrons un choeur de chambre : 18 musiciens qui chantent dans plusieurs langues méditerranéennes anciennes et modernes. Nous allons continuer à proposer beaucoup de cinéma, avec la venue en novembre de Jeanne Balibar dans le cadre du Festival L’Alternativa. La rentrée littéraire connaîtra un nouvel élan, dès septembre : Michel Houellebecq, Alexis Jenni, Laurent Binet…Des cycles thématiques sont en construction. Le premier en novembre, "Ailleurs, bien loi d'ici...", abordera la notion de lointain en littérature et permettra de réunir trois derniers Goncourt des lycéens : Carole Martinez, Catherine Cusset et Mathias Enard. En 2013, un autre cycle abordera le fait divers en littérature, notamment le roman policier.

Propos recueillis par Lucie BARRAS (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 24 juillet 2012

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