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ÉDUCATION - Le calvaire des frais universitaires en Espagne

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 28/02/2017 à 23:00 | Mis à jour le 07/01/2018 à 03:57

Face à la précarisation de l'emploi de plus en plus forte, faire des études est aujourd'hui devenu primordial pour espérer décrocher un travail capable de subvenir à nos besoins et à ceux de notre famille. Toutefois, les frais universitaires ne cessent de croître en Espagne, augmentant les inégalités entre les étudiants et les difficultés économiques pour poursuivre leurs études. Zoom sur la situation de la péninsule et les différences entre cursus et communautés autonomes.

(photo CC Universidad de Navarra) Lundi matin, une soixantaine d'étudiants portant des cagoules ont interrompu et bloqué le trafic des principales voies d'accès à la ville de Barcelone pour protester contre l'augmentation incessante des tarifs d'inscriptions à l'université. Cet incident a pris une grande ampleur, notamment à cause de l'organisation du Mobile Word Congress, foire internationale concernant les nouvelles technologies et le digital, contribuant à augmenter le trafic sur les voies barcelonaises. Ainsi, dès 7h30, les étudiants se sont organisés par groupe de vingt personnes pour interrompre la circulation en brûlant des poubelles ou en lançant des fumigènes, d'abord à la sortie 23 de la Ronda Litoral, au croisement de la Gran Via avec Ciutat de Granada ou encore sur la Plaça Universitat. Cette protestation, mise en place pour donner plus de visibilité à leur revendication, a également servi de préambule à la journée de grève étudiante du 2 mars prochain convoquée par le Syndicat Étudiant du Pays Catalan (SEPC). Ce dernier cherche notamment à obtenir une baisse de 30% des frais universitaires et à mettre en place des prix équivalents pour les cursus de licences comme de masters.

L'Espagne parmi les pays les plus chers d'Europe
Selon un rapport du syndicat CCOO (Confédération syndical de commissions ouvrières) sur l'évolution des prix publics du système universitaire espagnol entre 2011 et 2016, l'Espagne est un des pays européens les plus chers quant aux frais d'inscriptions à l'université. En effet, cette étude, réalisée à partir des données d'Eurydice (données européennes) et de celles du ministère de l'Éducation, montre que le prix d'une année de licence en Espagne est vingt fois plus cher qu'en Allemagne. Ainsi, pour s'inscrire en licence en Allemagne, les étudiants doivent débourser 50 euros en moyenne alors qu'en Espagne, ils doivent payer 1.100 euros. À titre de comparaison, la France demande elle en moyenne 184 euros, l'Italie 1.220 euros. Il faut également mentionner que certains États comme l'Autriche ou encore le Danemark ne font pas payer de frais d'inscription et qu'ils sont notamment connus pour être des pays où la qualité de l'éducation est particulièrement haute. On peut faire le même constat concernant les frais d'inscription en master avec des différences encore plus importantes puisque cette fois, le prix en Espagne (en moyenne 2.020 euros par an) est quarante fois plus cher qu'en Allemagne. Ainsi, au sein de l'Espace Européen des Études Supérieures (EEES) composé de 37 États, l'Espagne se classe à la neuvième place des pays demandant des frais d'inscriptions les plus chers pour la licence et à la huitième place concernant le master.

Des disparités importantes entre régions
De manière générale, le coût des études a augmenté dans toute l'Espagne puisqu'il était en moyenne de 751,2 euros pour le cursus 2011-2012 et de 1.062,6 euros pour le cursus 2015-2016, soit une augmentation de 40% en huit ans. Cette augmentation généralisée s'explique notamment par la mise en place d'un nouveau système de prix en 2012 avec le décret royal de la loi des mesures urgentes pour la rationalisation des dépenses publiques, appliquée au domaine éducatif. Ainsi, le coût des études aurait augmenté depuis 2012 de 32% pour les années licences et de 75 % pour l'année du master. Toutefois, on s'aperçoit vite que les tarifs d'inscriptions universitaires sont très différents d'une communauté autonome à une autre, conséquence notamment de la mise en place de cette nouvelle loi. En effet, la Catalogne demande des tarifs trois fois supérieurs à ceux requis en Galice (respectivement la plus chère et la moins chère des régions d'Espagne). En effet, selon une étude réalisée par l'observatoire du système universitaire, prix et taux dans le universités publiques en Espagne, année 2016/2017, la Catalogne demande des frais d'inscription oscillant entre 1.516 et 2.372 euros par an pour la licence suivant le cursus choisi, alors que la Galice demande elle 712 euros en moyenne. Cette même différence se retrouve au niveau des masters où le cursus le plus cher est une nouvelle fois situé en Catalogne pour 3.952 euros et le moins cher dans la région de Castille-La Manche (728 euros). Des différences se retrouvent aussi au niveau des cursus choisis: ceux concernant les Humanités sont en général moins chers que ceux relatifs aux Sciences de la médecine.

Bourses et aides étatiques: qu'en est-il?
Autre point problématique soulevé par le syndicat CCOO, les aides de la part de l'État espagnol comme le système de bourse seraient insuffisants notamment vis-à-vis des autres pays européens. Concernant l'octroi des bourses, le ministère de l'Éducation, de la Culture et du Sport propose des bourses au montant variable selon la note moyenne du dossier de l'étudiant, ou encore selon le revenu du ménage dans lequel il vit. En 2016, l'Espagne a débloqué un budget de 1.416 millions d'euros pour les bourses universitaires, soit le plus gros chiffre de l'histoire, un montant supérieur de 25% à celui octroyé en 2012. En parallèle, de nombreuses universités mettent en place un système de bourses propres à chacune d'entres-elles ou encore la possibilité de régler les frais d'inscriptions en plusieurs fois. Toutefois, la crise économique a fragilisé les familles et augmenté les inégalités. De ce fait, de plus en plus d'étudiants présentent toutes les conditions nécessaires pour recevoir les bourses. En ce sens, le montant octroyé à chaque étudiant s'est réduit (il aurait baissé selon le syndicat CCOO de 600 euros depuis 2012). 29% des étudiants espagnols reçoivent les bourses, classant l'Espagne à la quatorzième place dans l'EEES. De ce fait, le coût des études devient peu à peu un vrai sacrifice pour les familles qui reçoivent peu d'aides de la part de l'État espagnol. Il n'y a en effet pas de système d'exonérations fiscales pour les familles ayant des enfants de moins de 25 ans (alors que seize pays de l'EEES le proposent dont l'Allemagne ou encore l'Italie) ni d'aides aux familles ayant des enfants qui vont à l'université. Ce manque d'aides expliquerait pourquoi l'Espagne n'attire pas plus d'étudiants étrangers. Par exemple, la France reçoit plus d'étudiants venant d'Amérique Latine que l'Espagne, notamment car l'État français prend en charge une partie du coût des études permettant à l'Hexagone de se situer parmi les pays les moins chers au niveau des frais universitaires. 

Clémentine COUZI (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 1er mars 2017
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