POLITIQUE - Artur Mas hausse le ton, Madrid durcit sa position, l'opinion publique s'inquiète

La campagne des élections régionales anticipées en Catalogne est entrée dans le vif du sujet ce week-end, après des altercations verbales par presse interposée entre le président du gouvernement catalan, Artur Mas, et le sommet de l’État espagnol. Un collectif d'intellectuels hispanophones, mené par le cinéaste Pedro Almodovar, a signé une tribune dans un grand quotidien, condamnant la poussée indépendantiste. À moins d'un mois du scrutin, les premiers sondages confortent pourtant la place du parti catalan au pouvoir

(Photo Creative Commons Convergència Democràtica de Catalunya et lepetitjournal.com)

En buvant son café dimanche matin, Artur Mas a dû s'étrangler à la lecture d'El Pais. Le grand quotidien de centre-gauche publiait dans ses pages intérieures le texte intégral d'un manifeste contre "la vague souverainiste" déclenchée par le président du gouvernement catalan, signé par 300 intellectuels hispanophones avec à leur tête le cinéaste Pedro Almodovar. Ils dénoncent la poussée indépendantiste alimentée par le président-sortant, affirment que la sécession ne serait pas le remède à la crise et appellent à un large consensus pour calmer les esprits. Hier matin, le quotidien El Mundo (centre-droit) publiait un second manifeste signé par d'autres intellectuels, intitulé "Avec la Catalogne, avec l'Espagne", qui dénonçait "le mur d'incompréhension" qui régnerait à l'heure actuelle entre la Catalogne et le reste du pays. L'irruption de membres de la société civile espagnole, certes élitiste, marque un tournant dans la campagne des élections régionales anticipées de Catalogne, qui jusque-là agitait l'opinion publique sans qu'elle ne dépasse le cadre de la prise de position collective. En clair, Madrid et toute l'Espagne s'alarment de la situation politique du pays et le font savoir.

Artur Mas : "Ni les tribunaux ni la Constitution espagnole ne freineront le processus souverainiste"

Face à cette désapprobation collective, Artur Mas n'a pas tardé à réagir. Le président du gouvernement catalan, instigateur principal de la "démarche d'autodétermination" pour la deuxième région économique du pays et candidat à sa propre succession, a répondu en déclarant que "ni les tribunaux ni la Constitution espagnole ne freineront le processus souverainiste", car, selon lui, "la démocratie finit par s'imposer". Ces derniers jours, il a multiplié les comparaisons tapageuses pour décrire la position inconfortable dans laquelle se trouverait ses concitoyens ("L'Espagne, un partenaire commercial qui cache les résultats et ne paie pas les factures", dans El Mundo). Déjà lors de l'annonce de sa candidature à la mi-octobre, Artur Mas avait provoqué l'irritation de Madrid en inscrivant dans son programme électoral la création d'un État propre grâce à la force d'un référendum avant 2014 et l'intégration de ce nouveau pays dans l'Union européenne d'ici 2020. Détail symbolique : Artur Mas s'est déplacé la semaine dernière à Moscou en compagnie de nombreux entrepreneurs "pour mieux situer le pays à l'étranger", comme l'aurait fait un grand chef d'Etat. En interne, ce n'est un secret de polichinelle pour personne que de dire qu'une réorganisation administrative est en cours, avec tout un service dédié aux relations étrangères notamment. En clair, Artur Mas prépare le terrain de sa probable auto-succession, lui qui avait décidé d'anticiper les élections régionales au 25 novembre pour mieux valider son leadership dans la course à l'indépendance.

La droite conservatrice dénonce "une dérive totalitaire"

Depuis Madrid, le parti aux commandes du gouvernement, les conservateurs du Partido Popular, ont dénoncé "la fuite en avant" du président du gouvernement catalan. Le vice-secrétaire général, Carlos Floriano, s'est même emporté hier, faisant référence aux déclarations extrémistes d'Artur Mas : "Il n'y a personne qui se situe au dessus de la Loi, de la Constitution et des tribunaux qui n'ait pas en son for intérieur des pensées radicalement totalitaires (...). Mas est devenu un risque pour la Catalogne et ses citoyens. Il est un danger pour la démocratie." Localement, la candidate du Parti populaire catalan, Alicia Sanchez-Camacho, a réclamé à son adversaire politique qu'il "arrête de tromper les Catalans" et que ceux-ci "ne méritent pas des gouvernants hors-la-loi". Carlos Floriano comme Alicia Sanchez-Camacho ont brandi la menace des conséquences économiques "désastreuses" qu'induirait une sécession. En outre, on rappellera que l'Association des militaires espagnols et l'association Unifiée des militaires espagnols avaient déjà menacé Artur Mas d'un conseil de guerre en cas de décision radicale et définitive, considérant l'indépendance de la Catalogne comme une "fracture de l'Espagne" assimilable à une "haute trahison".

Les premiers sondages confortent les prises de position d'Artur Mas
Entre cette escalade de déclarations et de promesses d'actes forts, il y a les chiffres, ou plus précisément les sondages. Les premiers d'entre eux confortent la prise de position radicale du chef du gouvernement catalan, donnant de deux à quatre sièges de plus aux députés de sa coalition, Convergencia i Unio (CiU), dans l'hémicycle du parlement régional (64 à 66 sièges contre 62 aujourd'hui). En occultant le jeu des alliances, ce ne serait pas assez pour obtenir une majorité "sèche" puisque 135 députés siègent au Parlement de Catalogne. Selon ces mêmes sondages, les socialistes arriveraient deuxièmes et le Parti populaire troisième, quasiment roue dans roue. Un autre sondage commandé par El Periodico, grand quotidien de Catalogne, indiquait dimanche que 50,9% des Catalans étaient favorables à l'inclusion d'un État catalan au sein de l'Union européenne. Dans l'hypothèse inverse, ils ne sont plus que 40,1% à adhérer aux desseins indépendantistes d'Artur Mas, selon un autre sondage effectué par l'institut Gesop.
Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 6 novembre 2012

 
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