CE N'EST QU'UN DEBUT - Rencontre avec Pierre Barougier et Jean-Pierre Pozzi

"Solo es el principio" ("Ce n´est qu´un début") de Pierre Barougier et Jean-Pierre Pozzi vient de sortir sur les écrans madrilènes. Applaudi par la critique et le public, il s'agit d'un beau film documentaire, profond et amusant. Il propose de réfléchir sur l´importance d´une bonne éducation depuis l´enfance à travers des cours de philosophie donnés à des enfants de quatre ans. Les réalisateurs parlent du film au Petitjournal.com


Lepetitjournal.com : Comment avez-vous eu l´idée de faire ce film ? Vous avez choisi un thème "difficile", un film documentaire, des acteurs non professionnels...
Pierre Barougier : C'est Cilvy Aupin, la Productrice, qui a eu l'idée de faire un film sur le sujet, après avoir entendu Michel Onfray, un philosophe français, dire un jour à la radio: "tous les enfants naissent philosophes, seuls quelques uns le demeurent ". Il disait cela pour parler des ateliers à visée philosophique. Cilvy Aupin s'est étonnée que ce type d'expériences existe, mais que cela soit aussi peu connu. Elle a donc eu l'idée de faire un film sur ce sujet et nous a proposé, à Jean-Pierre et à moi, de le réaliser. Au départ, Cilvy souhaitait que nous fassions un film documentaire pour la télévision. Jean-Pierre et moi avons tout de suite senti qu'il y avait un potentiel pour construire un "vrai" film de cinéma et ne pas se cantonner au petit écran. C'était un pari risqué, d'autant plus qu'il nous fallait pour cela prendre le temps, mais la suite nous a donné raison. Nous avons rapidement vu se dessiner de véritables personnages et se tisser des enjeux narratifs. Nous n'avions pas d'acteurs professionnels, certes, mais néanmoins tous les ingrédients pour raconter une histoire et faire passer des émotions. "Ce n'est qu'un début" est un film documentaire, mais je pense qu'il est beaucoup plus narratif que didactique.

Dans les dernières années, on a pu voir des films extrêmement intéressants sur l´éducation, comme "Entre les murs ", "Monsieur Lazhar "... D'où vient cet intérêt ? Quels sont les points en commun entre votre film et ceux-là, par exemple ?
PB :
Nous traversons une période de crise : pas seulement une crise économique, mais une véritable crise de civilisation. Personne ne peut dire aujourd'hui où nous allons ; il devient de plus en plus urgent de réinventer un nouveau modèle de société. Même si on ne peut pas faire peser sur leurs épaules l'état du monde que nous leur laissons, les générations futures sont néanmoins en première ligne. La question du rôle de l'école est donc centrale dans ce questionnement sur l'avenir que nous souhaitons léguer à nos enfants. L'école doit- elle être une usine à petits cerveaux serviles, formés et conformés pour servir une société productiviste "dégénerescente" ? Ou n'est-ce pas plutôt le lieu où l'on devrait apprendre à vivre et à réfléchir ensemble au monde que l'on souhaite construire ? Que ce soit pour déplorer une école en crise ou pour proposer de nouveaux modèles, tous ces films ont en commun de poser la question du rôle de l'école aujourd'hui.

Croyez-vous qu´il y a actuellement un "déficit" dans l´éducation en ce qui concerne la façon d´apprendre aux élèves à réfléchir, à penser par eux- mêmes ?
PB :
Je pense que l'école d'aujourd'hui fonctionne toujours selon les principes et besoins des sociétés industrielles du 19ème siècle et qu'il est effectivement grand temps de repenser nos systèmes scolaires par rapport aux besoins actuels. Mais la question est avant tout politique : former des citoyens autonomes, capables de réfléchir par eux même induira forcément un autre modèle de société, plus équitable et responsable, que celui que nous connaissons aujourd'hui.
JPP : Sans être le pessimiste de service, il faut quand même noter que la tendance actuelle va plutôt dans le sens d'un retour à l'autoritarisme. Et la crise actuelle, au lieu d'être l'occasion d'une profonde remise en question, pousse les politiques à se replier sur de vieilles recettes éculées...

Pensez-vous que la Philosophie devrait être incorporée dès la maternelle ?
PB : Le film montre qu'il n'y a pas d'âge pour commencer à réfléchir. Donc, oui je suis assez convaincu que ce type d'expérience mériterait d'être généralisé.

Est-ce que ça a été difficile de diriger des enfants ? Avez-vous fait beaucoup de répétitions ?
PB : Pas une seule fois dans le film, les enfants n'ont été dirigés. Nous avons au contraire essayé de nous faire le plus discret possible pour pouvoir capter la spontanéité de leurs échanges. La narration du film s'est ensuite construite au montage.
JPP : Contrairement aux films cités plus haut, il s'agit bien d'un documentaire. Rien n'était écrit à l'avance et nous avons essayé d'avoir le moins d'impact sur le déroulement des ateliers, la principale difficulté étant de réussir à nous faire oublier. La durée du tournage (18 mois) a permis d'installer un rituel avec les enfants et la maîtresse : nous faisions partie des meubles. Ce n'est pas toujours flatteur pour un réalisateur mais en l'occurrence c'était très efficace.

Est-ce que les adultes devraient apprendre plus des enfants ? Qu´est-ce que ces enfants vous ont apporté humainement dans le film ?
PB :
Que les questions qu'ils se posent sont exactement les mêmes que celles que se posent les adultes, quel que soit leur âge, leur origine sociale et culturelle. Ce que je retire de cette expérience, c'est donc que nous avons tous à apprendre les uns des autres et tout intérêt à partager nos questionnements, non pas dans le but de trouver la vérité, mais parce qu'il est plus rassurant d'avancer ensemble.

Le choix d´une école où il y a un brassage de races, de cultures différentes parmi les enfants, répond à la réalité tout simplement ou c'était au contraire un choix pensé ?

PB : C'est un choix, d'une part parce que c'est dans ce type de milieu que vit la majorité de la population française aujourd'hui: dans la périphérie des grandes villes, avec une population de plus en plus mixée culturellement. Et d'autre part, parce qu'il était plus intéressant de voir comment ces grandes questions universelles peuvent aider à surpasser les questions identitaires.
JPP : C'est un choix, mais ça répond aussi à la réalité de la société française d'aujourd'hui.

Pourquoi ce titre ? Il y a-t-il des réminiscences de révolte, de refaire la société... ?

PB : Et peut-être aussi de l'espoir.
JPP: Le titre peut être lu différemment, c'est à la fois l'accroche d'un slogan (... continuons le combat !) et aussi, plus littéralement, le résumé du propos: des débuts, modestes et généreux.

Quels sont vos projets ?
PB:
Jean-Pierre et moi travaillons chacun sur des projets différents. Pour ma part, je tourne depuis deux ans un documentaire sur une école construite par des femmes pour des femmes en pays Dogon.
JPP: Pour ma part, je prépare un documentaire sur un cinéma itinérant dans les montagnes des Cévennes au moment de l'abandon du 35mm.

Connaissez-vous le cinéma espagnol ? Avez-vous des préférences ?
PB : Je suis un peu honteux car en dehors d'Almodovar dont j'ai dû voir à peu près tous les films, je connais très mal le cinéma espagnol. A part Buñuel bien-sûr, mais je suppose que vous faisiez plutôt référence au cinéma contemporain.
JPP : Tout comme Pierre je suis un fan absolu d'Almodovar. Je sais que le cinéma espagnol est très productif en films de genre mais je n'y connais rien !


Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 19 septembre 2012

 
Barcelone
Actualité Espagne
Une internationale

PIERRE RABHI & JULIETTE DUQUESNE – "On est en train de privatiser le vivant"

Tour à tour essayiste, philosophe, poète, ou encore agriculteur bio, Pierre Rabhi co-signe avec la journaliste Juliette Duquesne les deux premiers ouvrages d’une nouvelle collection : « Carnets d’alerte ». S’attaquant au sujet de la faim dans le monde, mais aussi à l’épineuse question des semences, « dont on parle peu, mais qui est pourtant à la base de la vie », ils analysent et décryptent ensemble ces deux sujets, avec le but affiché d’en…
Actu internationale
En direct d'Europe
Expat
Expat - Emploi

WONDERLEON – Attirer les talents internationaux de la Tech en Europe !

Il y a deux ans, une poignée de dirigeants de start-ups et de scale-ups françaises à succès, lançaient l’appel #ReviensLéon. Le but ? Inciter les Français expatriés à rentrer au bercail en leur proposant des jobs attractifs dans l’écosystème Tech français « en pleine effervescence » ! Aujourd’hui #ReviensLéon pousse les murs et devient WonderLeon. Son objectif ? « Faire rayonner la ‘’European Tech’’ » en attirant cette fois-ci tous les talents internationaux possibles en Europe. 
Expat - Politique
Magazine