MINEURS - La classe ouvrière débarque à Madrid sur des charbons ardents

L’épuisement pouvait se lire sur leurs visages. Les mineurs issus des trois marches venues tout droit des Asturies, de Castille et Leon et d'Aragon ont conflué mardi soir à Madrid. C’est au symbolique siège de la  Moncloa que les quelque 400 travailleurs de fond ont investi la ville, là-même où des centaines de personnes les attendaient de pied ferme. Une quinzaine de jours de marche et quelque 400 kilomètres plus tard, les courageux travailleurs pénétraient fièrement dans la capitale, casques et lampes frontales vissés sur la tête, bien décidés à faire entendre leurs voix

(Photo lepetitjournal.com)

Le conflit du charbon ne date pas d’hier en Espagne. Déjà en 1934 et 1962, des dizaines de milliers de mineurs avaient initié des grèves d’envergure. En 2012, les problèmes, loin d’être résolus, ont pris une toute autre ampleur. Certainement que l’annonce par le gouvernement Rajoy d’une réduction des aides financières apportées au secteur minier de l’ordre de 63% y est pour quelque chose. Suite à cette déclaration jugée radicale par les syndicats de mineurs, près de 40 mines du pays avaient entamé une grève illimitée en juin dernier. Durant ce mois et demi d’arrêt de travail, certains ont choisi de s’enfermer au fond d’un puits en signe de protestation tandis que d’autres arpentent les rues, coûte que coûte. Mardi 10 juillet à la tombée de la nuit, trois marches de mineurs se sont rencontrées et emparées de la capitale le temps d’un soir. Impressions à chaud.

Vivier de luttes
À la lueur des lampes frontales et dans l’attente fébrile précédant l’arrivée des mineurs, les nombreux curieux venus assister à l’arrivée du cortège à Madrid agitaient banderoles colorées et clamaient slogans divers et variés. Dans l’assemblée, des personnes venues de tous horizons. Des membres de syndicats bien sûr, UGT (Union Générale des Travailleurs) et CCOO (Commissions Ouvrières) en tête, mineurs ou issus d’autres secteurs industriels mais aussi des travailleurs des domaines de l’éducation ou de la santé. Dans la foule, on retrouve également quelques membres du mouvement des Indignés. Quelle que soit la nature de leur rapport avec le secteur minier, tous les manifestants présents ce soir-là avaient au moins une revendication commune : mettre le holà aux réductions de budget. Le soutien aux mineurs ? Symbolique pour la plupart. "S’en prendre aux mineurs, c’est s’en prendre à la société entière" martèle Ángel, ouvrier dans l’industrie du métal et membre du PCE (Parti Communiste Espagnol) ainsi que du syndicat CCOO, "si les mineurs perdent, nous perdons aussi !". Ángel explique être là ce soir pour "que le gouvernement nous écoute, l’arrivée de cette marche à la Moncloa est vraiment symbolique". Non loin de là, Carla Antonelli, députée socialiste à l’Assemblée de Madrid (Parlement de la communauté madrilène) et représentante des transsexuels, a choisi de venir fouler le pavé pour diverses raisons : "Je ne suis pas d’accord avec les mesures de réductions de budget prises par Rajoy, c’est pourquoi je suis là ce soir. Mais aussi pour que les mineurs soient entendus et que le gouvernement prennent enfin en compte leurs revendications et cessent de s’en ficher". Engagées, ces deux jeunes filles le sont aussi : "On travaille dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec la mine mais on trouvait important d’être là aujourd’hui, pour récompenser les efforts des mineurs et lutter contre les fermetures de puits". Quand les braves mineurs en question débarquent à la Moncloa, ce sont sous les acclamations et applaudissements. De quoi être revigorés après deux semaines de marche intensive.

À l’assaut de la capitale

Et effectivement, beaucoup ont le sourire malgré la fatigue qui tenaille leurs jambes. Concentrés, ils semblent prêts à parcourir les quelques kilomètres restants jusqu’à la Puerta del Sol. Guillermo, un mineur de 50 ans originaire des Asturies explique avoir parcouru "près de 400 kilomètres au total, au rythme de 30 par jour à peu près". Aujourd’hui, comme ses compagnons d’infortune, il souligne "le côté symbolique de la marche". "C’est très important de débarquer dans la capitale après tant de jours de grève et d’efforts physiques". Dans le cortège aussi, des personnes qui n’ont pas participé aux marches mais ont tenu à venir soutenir leurs collègues. "On va s’emparer de la capitale, on va essayer d’entrer au Ministère de l’Industrie !" s’exclame Fran, la trentaine, mineur issu des Asturies et lui aussi en grève depuis le début du mois de juin, avant d’ajouter que "le combat continue : aujourd’hui, ce n’est qu’un aperçu de la lutte à venir, un apéritif en quelque sorte". Malgré les projets de poursuite du mouvement dont une grande manifestation de la Plaza Colón jusqu’au Ministère de l’Industrie à Madrid hier, certains confessaient avoir un peu perdu espoir. "Il faudra beaucoup de marches comme celles-ci pour avoir une chance de se faire entendre par le gouvernement" lançait l’un d’eux. Comme en écho à ce léger sentiment de découragement, des badauds guettant l’arrivée du cortège Puerta del Sol mardi soir discutaient avenir du charbon et déclaraient "de toute façon, maintenant, il faut compter avec le nucléaire". De quoi faire encore un peu plus entrer les mineurs dans une colère noire.
Hier, devant le ministère de l'Industrie, la colère était toujours présente. Des jets de pierres ont occasionné des affrontements avec les forces de l'ordre. Une vingtaine de blessés ont été à déplorer, il y a eu quelques détentions. En écho à ces manifestations, les syndicats appellent à une mobilisation générale avant la fin du mois de juillet.

Charlotte LAZAREWICZ (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 12 juillet 2012

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