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POLÉMIQUE - Mobilisation générale contre la menace de fermeture du lycée français de Palma de Majorque

La grogne des parents d'élèves, étudiants et professeurs rassemblés autour de la défense de l'établissement insulaire datant des années 1970 a franchi un nouveau palier ce week-end, depuis la mise en ligne d'une pétition adressée au président de la République, François Hollande. 420 élèves et une cinquantaine de membres du personnel sont menacés de devoir plier bagage à la rentrée 2014. Le désengagement financier de la structure tutélaire, la Mission laïque française (MLF), est à l'origine de la polémique. Des solutions de secours sont actuellement étudiées en interne et seront présentées aux autorités françaises. Arnaud Leroy, député de la cinquième circonscription, déplore la décision "cavalière" de la MLF et affirme qu'une sortie de crise "ne peut être envisagée qu'en s'appuyant sur les parents d'élèves"

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La belle histoire d'une petite école privée devenue le lycée public français de référence sur l'île de Majorque s'arrêtera-t-elle bientôt ? Etudiants, parents d'élèves et professeurs "ne préfèrent pas y penser". Depuis plusieurs semaines, ils se battent contre la menace de la fermeture de leur établissement, édifié dans les années 1970 à la suite d'une initiative conjointe de parents d'élèves et de professeurs, qui avaient choisi un vieux garage à Palma de Majorque pour abriter l'enseignement de la langue de Molière à leurs enfants. Occupation du lycée (le lundi 4 février), ouverture d'une page Facebook (Ensemble pour le lycée français de Palma), articles dans la presse locale, lettres officielles adressées aux élus... Tous les moyens d'actions sont utilisés pour interpeller l'opinion publique et défendre l'établissement. Comme ce clip-vidéo, qui détourne le tube "Toi et Moi" du chanteur français Grégoire, dans lequel apparaissent des élèves du Lycée français : les internautes sont invités à "entrer dans la danse" et à rester "unis, insoumis et heureux".



1.100 signataires d'une pétition en quelques jours
La mobilisation a pris une nouvelle dimension depuis que les contestataires ont lancé, en fin de semaine dernière, une pétition sur la plateforme Change.org, appelant le président de la République François Hollande à garantir la "survie" de l'établissement majorquin. Ce lundi vers 19 h, plus de 1.100 signataires étaient déjà comptabilisés. Les messages de sympathie affluent dans les commentaires : "J'ai passé toute ma scolarité dans des lycées français à l'étranger et je réalise que mon éducation n'a pas d'égal...", écrit Olivier Piquer, qui écrit depuis le Québec. "Je suis professeure d'anglais au Lycée français de Palma depuis déjà 20 (ans) ! Je ne peux pas m'imaginer Palma sans le LFP, car le Lycée ...c'est la France", ajoute Ghislaine Luyten, visiblement émue. "Nos discussions avec les autorités sont au point mort", estime Pierre Bécognée, parent d'élèves, professeur au Lycée français et désigné porte-parole du mouvement. "Nous avons envoyé beaucoup de lettres aux élus, pour peu de réponses. (...) Cette pétition, c'est un peu notre bouteille à la mer..."

Le Lycée français de Palma de Majorque (LFP) en un coup d'œil
Le LFP, c'est 420 élèves, répartis en 18 classes, de la maternelle à la terminale, 35 professeurs pour 51 salariés et une notoriété sur l'île sans cesse grandissante. C'est aussi l'établissement le plus francophone en Espagne, avec une majorité d'élèves de nationalité française (222 élèves, soit 55%, dont 70 % sont boursiers). C'est aussi l'un des plus chers, en termes de frais de scolarités (410 euros par mois pour le primaire, 485 euros pour le secondaire, 540 euros pour le lycée) et surtout, l'un des plus déficitaires du réseau : chaque année depuis 2009, 500.000 euros s'en vont des caisses du Lycée français de Palma de Majorque. Le taux de réussite des élèves aux examens est - pour ainsi dire - parfait : 100 % au bac et 100 % au brevet. Créé en 1970 par une poignée parents, le LFP a été longtemps géré par les parents (en comité de gestion) et par l'agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE), avant que celle-ci ne passe la main à la Mission laïque française en 2009.

420 élèves et une cinquantaine de salariés menacés
Le lycée français de Palma de Majorque (ou LFP) connaît en effet une grave crise de croissance, qui pourrait le rayer de la carte des établissements scolaires du réseau tricolore en Espagne. Le 29 janvier, en assemblée générale à Paris, la Mission laïque française, bailleur de fonds principal, a pris la décision de stopper son engagement financier auprès de l'établissement insulaire, malgré des effectifs en hausse (+14 % d'élèves cette année) et un projet de développement (une extension du lycée est à l'étude). Une première date de mise à exécution de ce désengagement avait été fixée à la rentrée 2013, puis elle a été repoussée à la rentrée suivante, sous la pression des parents d'élèves et des enseignants. Le directeur général de la Mission laïque française, Jean-Christophe Deberre, est venu en personne annoncer la mauvaise nouvelle, le 2 février. Conséquences : 420 élèves et une cinquantaine de membres du personnel sont priés de trouver un autre établissement pour poursuivre leur scolarité et garder leur travail, si aucun accord n'est trouvé d'ici-là. La Mission laïque française, association qui gère un réseau d'établissements d'enseignement du français à l'étranger, explique sa décision par les graves difficultés budgétaires que rencontre le Lycée français depuis quelques années. Des difficultés dont voudrait se débarrasser l'association, elle-même soumise aux aléas de la conjoncture économique. Yves Aubin de La Messuzière, président de la MLF, expliquait ainsi lors de l'assemblée générale fin janvier, non sans contradiction avec "l'affaire Palma de Majorque" : "Le bilan financier est moins favorable que l’an passé. Mais il demeure positif, car il repose sur des fondements solides comme les réseaux libanais, espagnol, les écoles d’entreprise (...)."

"Erreurs de gestion" et "mauvais calculs"
Pierre Bécognée, porte-parole du mouvement et premier concerné au rang des accusés, reconnaît les "erreurs de gestion" et "les mauvais calculs" qui ont conduit à cette situation. Selon plusieurs sources, le LFP "perd 500.000 euros par an depuis 2009". La sous-traitance de la cantine du lycée ainsi que le remboursement de la dette pour sa construction expliquerait en partie ce trou budgétaire conjoncturel. "Le personnel a fait des efforts", relate Pierre Bécognée. "Nous sommes passés de 14 professeurs détachés par l'académie nationale à sept aujourd'hui. Cela n'a pas été de gaieté de cœur, mais nous étions conscients qu'il fallait faire quelque chose au niveau de la masse salariale." En dépit de ces efforts, la Mission laïque française réclame le départ de 5 nouveaux enseignants détachés à la fin de l'année scolaire, sans quoi son engagement financier jusqu'en août 2014 ne serait plus assuré. C'en est trop, pour Pierre Bécognée : "Les professeurs détachés par le ministère sont les garants de la conformité du programme pédagogique français sur le sol espagnol. Au-delà de ça, une baisse du nombre de professeurs aurait pour conséquence directe de dégrader la qualité de l'enseignement divulgué aux élèves. Ce n'est pas acceptable."

Palma de Majorque, lycée français de Palma de Majorque, menace de fermeture du lycée français de Palma de Majorque,lycée public français, crise, Espagne, lepetitjournal.comLa réponse du député Arnaud Leroy
"Pas acceptable", Arnaud Leroy partage le même avis. "Défendre l'emploi de ces cinq professeurs, c'est l'urgence", souligne le député (PS) de la 5e circonscription des Français de l'étranger, que nous avons joints par téléphone. "Leur départ fait partie du plan de stabilisation préconisé par la MLF, mais ce serait un message peu rassurant envoyé aux parents d'élèves. (...) Il faut trouver une solution pérenne." S'il comprend l'amertume et la "situation difficile" qu'endurent parents d'élèves, professeurs et salariés de l'établissement dans ce climat incertain, Arnaud Leroy appelle à "ne pas paniquer" : "Il faut trouver une solution pérenne sans se précipiter", insiste-t-il. "Rien n'est fini. Avec Soledad Margareto (députée à l'assemblée des Français de l'étranger, ndlr), nous sommes au travail pour tenter de sortir de cette impasse. Les parents d'élèves sont les premiers sur lesquels nous comptons nous appuyer. Je vais rencontrer par ailleurs Alexandre Debarre (directeur des niveaux maternelle et primaire) cette semaine à Lisbonne pour faire le point sur la situation. J'irai sur place, à Palma de Majorque, quand j'aurai tous les éléments en mains." Sans se dédouaner de ses responsabilités, Arnaud Leroy rapporte que "(lui) aussi a été pris de court" par le désengagement soudain de la Mission laïque française, une décision qu'il juge "cavalière" et estime que cette crise dans laquelle est plongée le Lycée français majorquin comporte un enseignement majeur qu'il faut tirer : "Il est important de revoir le pilotage de l'enseignement du français à l'étranger." Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée des Français de l’étranger, mène actuellement une mission de réflexion globale, dont les conclusions devraient être rendues au cours du printemps.

Tables-rondes à Palma de Majorque et entraide pour trouver une solution
Au Lycée français de Palma de Majorque, on ne désarme pas. Des tables-rondes réunissant parents d'élèves, direction et professeurs organisés en groupe de travail sont organisées tous les quinze jours. Elles doivent conduire à une assemblée générale, fixée fin mars (date précise encore inconnue). Les solutions de secours, actuellement étudiées, seront alors présentées à tous. Un vote décidera de celle qui est privilégiée et qui sera présentée aux autorités concernées. "La plus adaptée mais la plus difficile", selon Pierre Bécognée, "serait celle d'un retour à la gestion financière de l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE)", opérateur public national placé sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, qui était aux commandes de l'établissement insulaire jusqu'en 2009, mais qui a dû passer la main à la MLF suite à des restrictions budgétaires. La plus fantaisiste pourrait être une gestion sous la forme d'une "coopérative ou d'une fondation". "Si le Lycée français disparaît, beaucoup de familles seront en difficulté", reprend Pierre Bécognée. "Certaines pourraient choisir de rentrer en métropole, d'autres de déménager. Idem pour le personnel. La présence culturelle française disparaîtrait dans la région. Une fermeture du lycée serait synonyme d'un retour quarante ans en arrière."

Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 5 mars 2013
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