Barcelone

SAMANTHA CAZEBONNE - "Jugez-moi sur mes actes"

Dans la 5ème circonscription des Français de l'Étranger (Espagne, Portugal, Monaco, Andorre), les votes du premier tour des élections législatives ont désigné Samantha Cazebonne (La République En Marche) et François Ralle Andreoli (mouvement citoyen Agissons Ensemble) pour être les candidats en lice pour le second tour de dimanche prochain. Comme au premier tour, nous vous proposons une interview croisée des candidats. Aujourd'hui c'est Samantha Cazebonne qui nous explique sa vision de la mission de député des Français d'Espagne.

Samantha Cazebonne est la candidate du parti du nouveau Président de la République française Emmanuel Macron, La République En Marche, pour la 5ème circonscription des Français de l'Étranger. À 46 ans, elle est expatriée en Espagne depuis plusieurs années à Palma de Majorque où elle exerçait jusqu'alors la fonction de proviseure du Lycée Français.

lepetitjournal.com : Vous avez rencontré vos compatriotes vivant sur le territoire espagnol ; quelles sont leurs attentes et demandes particulières?
Samantha Cazebonne: "L’éducation est un sujet qui revient de manière constante lorsque j’échange avec mes concitoyens. Ils sont préoccupés par ce sujet et m’interrogent sur ma position dans le cas où je serai députée. Connaissant bien le monde de l’Éducation, je leur garantis un soutien sans faille pour maintenir l’accès au plus grand nombre à la scolarité de nos enfants français. Je défends depuis maintenant 6 ans les familles afin qu’elles puissent être nombreuses à bénéficier d’une prise en charge par les bourses scolaires. Mais je compte aussi soutenir la formation continue des enseignants et la valorisation de leurs carrières, les obtentions de détachement dont nous ne pouvons-nous passer, l’accès à un soutien financier pour les familles ayant des enfants en situation de handicap….
L’autre sujet est celui qui a trait aux démarches administratives et au maintien des agences consulaires, il est important de rassurer sur notre volonté de maintien de ces infrastructures dès lors où elles répondent à un besoin, néanmoins il parait important de réfléchir à l’échelle de toutes les circonscriptions des Français de l’Étranger à la mise en place d’une plateforme ou nous pourrions accéder à un grand nombre de services proposés par l’administration française (inscription liste électorales, demande de papier d’identités, demande de documents administratifs, vote électronique dès lors où il sera suffisamment sécurisé….).
Concernant l’entrepreneuriat, je soutiendrai la création d’un label permettant à nos entrepreneurs français d’avoir accès à certaines facilités dont peuvent bénéficier des entreprises sous statut français.
L’accès à la culture et à la langue françaises sont aussi des sujets qui doivent être soutenus car nous savons que ces sont des vecteurs du rayonnement français et que ce rayonnement contribue à l’attractivité de la France.
Sur le plan fiscal nous ferons en sorte d’apporter rapidement un éclairage aux Français de l’Étranger qui attendent depuis plus d’un an des informations fiables sur le remboursement de la CSG, sur l’évolution de cet impôt. Une réflexion collective s’engagera dès la rentrée parlementaire." 

Comment se positionne-t-on en tant que député de l’étranger et en même temps député d’une Assemblée Nationale ? Quel est le discours à tenir à la fois aux Français qui veulent venir en Espagne, à ceux qui sont déjà installés ?
"En tant que député, on peut faire bouger les lignes, certaines lignes effectivement pour aider les Français de l’Étranger ou pour au moins les comprendre et trouver les solutions pour eux. Alors à ceux qui ne sont pas encore partis j’aurai envie de leur dire : c’est important effectivement d’être en adéquation avec ses désirs et si vous avez envie de partir il faut le faire mais néanmoins, ne partez pas complètement à l’aventure ! Renseignez-vous d’abord, appelez les Chambres de Commerce, appelez les établissements scolaires et prenez les devants. Ne construisez pas votre projet, réfléchissez-y avant ! Soyez quand même conscient qu’il y aura aussi des difficultés. L’Espagne, le Portugal ou d’autres pays en Europe sont attractifs sous certains aspects, effectivement le climat, le cadre de vie, les Espagnols, les Portugais qui ont un sens de l’accueil qui est effectivement différent de celui que l’on trouve aujourd’hui en France. Je crois qu’il est important, lorsque justement on est dans cette dynamique de vouloir changer, d’être sûr que cela ne va pas devenir pire que ce que l’on vivait en France. La sécurité sociale c’est encore une autre manière de faire, tout n’est pas pris en charge. Il faut bien comprendre son fonctionnement parce que le système médical, c’est très important. Il faut connaitre aussi les contraintes financières. Quand on prend l’autonomo ici en Espagne, c’est pas du tout la même chose que l’autonome en France. En Espagne, c’est tout de suite 350€ qu’il faut sacrifier alors que l’on ne travaille pas encore. Donc ce sont des choses auxquelles il faut réfléchir. Maintenant il faut y aller si l’on est sûrs que l’on fait le bon choix et parce qu’effectivement, on a de bonnes raisons de partir. Mais il faut quand même le faire en prenant conscience que ça pourrait être pire si on n’a pas quand même construit un minimum son projet."

Résiderez-vous toujours à Palma ? Viendrez-vous voir régulièrement les Français du reste de la circonscription  ?
"Evidemment ! C’est un engagement et ce n’est pas une promesse en l’air. J’ai toujours travaillé comme ça dans ma vie professionnelle. Pour moi, je dois être en contact avec les gens avec lesquels je travaille et j’ai toujours travaillé en équipe, je n’ai jamais travaillé seule, je ne prends jamais une décision seule. J’aime le travail d’équipe : cela me rassure, je me dis que j’ai eu l’adhésion de la majorité. Pour moi c’est important. Je vous dis ça parce que je ne conçois pas autrement le travail qu’en m’appuyant aussi sur les témoignages du terrain. Pour être témoin, j’ai besoin de connaitre la communauté portugaise, la communauté espagnole, madrilène, etc. Pour moi, il est important que les attachés parlementaires qui travailleront avec moi soient déjà des résidents et qu’il y ait très régulièrement la possibilité de permanences physiques.
Par ailleurs, je prends l’engagement d’avoir un site internet où chacun pourra poser des questions. À chacune des questions, il y aura une réponse, qu’elle soit positive ou négative, parce que je crois qu’il est important de ne plus décevoir les gens. Si on ne peut pas répondre à leurs attentes, il faudra leur expliquer pourquoi. Pour moi, c’est aussi du bon sens et du pragmatisme car je ne veux pas être responsable un jour, d’avoir mis en place le Front National. Quand je dis cela, je crois qu’il est important de faire de la pédagogie. Tout le monde peut comprendre certaines réponses mais il faut au moins que nous les expliquions. Mais je ne veux pas nourrir les électeurs d’illusions et qu’à la fin on me dise "elle est comme les autres, elle n’a pas tenu". Je pense qu’à travers cette dynamique, c’est-à-dire d’expliquer et de faire comprendre aux gens pourquoi on peut et pourquoi on ne peut pas, c’est déjà ne pas les prendre pour des imbéciles et les associer aux décisions. Il ne faut pas négliger l’intelligence des gens."

Vous êtes issue de la société civile. C’est la première fois que vous briguez le mandat de député. Pourquoi vous êtes-vous engagée cette année ?
"Parce que j’aime l’initiative, et que, à travers son programme, Emmanuel Macron propose de valoriser l’initiative, de valoriser le pragmatisme. J’ai l’impression d’être quelqu’un qui correspond au profil. Je n’aime pas que l’on me donne sa confiance, j’aime la gagner et je crois que nous sommes aujourd’hui dans cette logique du "attendez, ne me jugez pas, par contre laissez-moi ma chance, mais ne me jugez pas". Alors c’est difficile de se dire que l’on tiendra un engagement avec une vraie certitude, mais s’il vous plait, jugez-moi sur mes actes, je vais vous en rendre compte et je ne vais pas vous leurrer. J’ai un avantage sur tous les politiciens, c’est que moi j’ai une vie professionnelle qui m’a comblée et que je retrouverais volontiers. Donc pour moi, c’est une réelle chance une réelle force. Demain, si je suis élue, tant mieux, je défendrai vos intérêts en tant que Français. Si je perds, je continuerai à défendre les intérêts de mes élèves et des parents d’élèves à Palma de Majorque où je suis très heureuse. Et dans cinq ans, il y aura deux options : soit je vous ai convaincu, soit vous ne me donnez plus la légitimité parce que vous avez trouvé que je n’étais pas à la hauteur du job. Mais ce que je veux dire c’est que, coûte que coûte, je ne vous leurrerai pas en vous faisant des promesses en vous disant, c’est moi, c’est moi, c’est moi. Jugez-moi sur les actes. Je ne suis pas une politicienne et c’est ma force. Si vous me faites confiance je vais vraiment me donner au maximum." 

Retrouvez l'interview initiale adressée aux lecteurs de Valence ici

Retrouvez ici l'interview croisée de l'autre candidat en lice pour le second tour de législatives, François Ralle Andreoli.

Perrine LAFFON (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 14 juin 2017 

 

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