Barcelone

NUCLÉAIRE - Débat sur la réouverture de la plus vieille centrale espagnole

À l'heure de l'intérêt toujours plus fort concernant le développement durable et les énergies renouvelables, le dossier nucléaire pose question et amène la population au débat avec les autorités publiques. Zoom sur la situation nucléaire espagnole et sur les problèmes soulevés par cette annonce.

(photo domaine public) La semaine dernière, le gouvernement de Mariano Rajoy a obtenu l'aval du Conseil National de Sécurité pour la réouverture de la plus vieille centrale nucléaire d'Espagne, la centrale de Santa María de Garoña, située à Burgos et fermée depuis décembre 2012. Sur les cinq membres du conseil, seule la candidate socialiste Cristina Narbona a voté contre cette décision qui laisse aux mains du gouvernement espagnol la possibilité d'élargir le parc nucléaire du pays. Dès qu'elle a été rendue publique, cette décision a été critiquée de la part de l'opposition pour deux raisons principales. Tout d'abord, cette possibilité de réouverture est accordée alors même que les travaux engagés pour la restructuration de Garoña ne sont pas terminés. En effet, si l'amélioration de l'isolement du réacteur et la protection des équipes d'une éventuelle chute de la turbine sont presque finies, d'autres travaux en sont encore au stade initial, renforçant les risques pour les employés. D'autre part, par cette décision, le gouvernement espagnol obtient la possibilité de contrôler la durée de vie de la centrale sans que le Conseil National de Sécurité ne fixe de limite à cette autorisation.

Le secteur du nucléaire en Espagne
L'Espagne possède en tout six centrales nucléaires, celle de Garoña étant la plus petite avec 466 mégawatt de production, soit moins de la moitié des autres centrales qui ont une production dépassant les 1.000 mégawatt. Bien que l'Espagne fasse du développement durable et des énergies renouvelables une de ses priorités en considérant qu'elles sont le futur énergétique, le gouvernement rappelle, pour justifier sa décision, qu'il est impossible d'être auto-suffisant en ne produisant l'électricité qu'à partir d'énergies propres. Actuellement, les différentes centrales nucléaires permettent de produire 20% de l'électricité espagnole. D'autre part, le nucléaire permet de produire de l'électricité à bas coût et permettrait aussi, pour le gouvernement, de maintenir les prix au même niveau, évitant ainsi toute hausse incontrôlée des prix de l'électricité. Cet argument est démenti par les associations écologiques qui montrent que la fermeture de Garoña en 2012 ne s'est pas accompagnée d'une hausse des prix de l'électricité. Le parc nucléaire espagnol est considéré comme vieillissant (seulement sept réacteurs sur les dix présents sont encore en état de marche). 

Les critiques du projet
Après cette décision du Conseil National de Sécurité, la réouverture de la plus vieille centrale d'Espagne dépend désormais de la décision du ministère de l'Énergie. Ce dernier se laisse six mois afin d'échanger avec les différents interlocuteurs de cette affaire pour décider si oui ou non la centrale ré-ouvrira ses portes, d'autant plus que la société en charge des travaux, Nucleor, a déclaré qu'ils pourraient être définitivement terminés d'ici un an. Face à cette décision, l'opposition dénonce fortement le projet de réouverture, notamment parce que la fin des travaux devait être une condition nécessaire à sa remise en activité. En ce sens, le PSOE, Unidos Podemos, Ciudadanos et PNV s'opposent fermement à la réactivation de la centrale. Le porte-voix de Equo, Juan López de Uralde, a même déclaré: "Si le Gouvernement continue dans cette voie, nous proposerons une loi visant à fermer définitivement Garoña". Mais l'opposition n'est pas la seule à émettre des critiques sur ce projet de réouverture. En effet, la société civile s'est elle aussi prononcée sur l'affaire et l'a fortement dénoncée. Elle se dit inquiète de la non fin des travaux et d'être exposée à des risques n'étant pas couverts par toutes les conditions de sécurité nécessaires. Elle reproche aussi au gouvernement de faire passer les intérêts des industriels avant ceux de sa propre population. Elle est rejointe sur ce point par diverses associations écologiques qui dénoncent la réouverture alors que les travaux ne sont pas terminés.

Le prolongement de la durée de vie des centrales en question
Toutefois, la question sous-jacente à cette réouverture est surtout de savoir si le gouvernement va pouvoir ou non étendre la durée de vie du reste des centrales d'Espagne. Normalement fixé à 40 ans, les industriels en charge de la gestion des centrales (Endesa ou encore Iberdrola) voudraient étendre cette durée de vie à 60 ans, arguant le fait que des pays voisins de l'Espagne et notamment la France, l'ont étendue jusqu'à 80 ans. Actuellement, l'essentiel des centrales nucléaires espagnoles sont en fin de vie et devraient être fermées d'ici la fin de la législature actuelle: 2020 pour Almaraz I et II, 2020 et 2021 pour les réacteurs I et II d'Ascó, 2020 pour le réacteur II de Vandellós (le I est déjà en cours de démantèlement), 2021 pour Cofrentes et 2024 pour Trillo. Pour justifier leur demande, ces sociétés montrent que l'extension de la durée de vie des centrales nucléaires permettrait à l'Espagne d'assurer sa consommation électrique pour 5 ans. 

France - Espagne: quelles différences au niveau du nucléaire?
Si le secteur du nucléaire espagnol réalise 20% de la production électrique du pays, ce chiffre est démultiplié en France. En effet, ne possédant pas beaucoup de ressources naturelles, l'Hexagone a fait du nucléaire son principal secteur énergétique qui produit 77% de ses besoins en électricité (20% étant réalisé à partir des énergies renouvelables). La France compte 58 réacteurs répartis sur dix-neuf sites, ce qui fait du parc nucléaire français le plus grand parc nucléaire du monde en proportion de sa population. Autre donnée de comparaison, le secteur nucléaire emploie environs 220.000 personnes en France (ce qui en fait le troisième secteur derrière l'aéronautique et l'automobile), en Espagne, il emploie environ 30.000 personnes.

Clémentine COUZI (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 13 février 2017
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