Bangkok

LIGHTBLUE ENVIRONMENTAL – Réduire le gaspillage alimentaire en parlant rentabilité

Les chiffres sur le gaspillage alimentaire dans le monde ont beau donner le tournis, il n’en reste pas moins difficile de convaincre les professionnels de le réduire avec le seul argument de sauver la planète de dangers hypothétiques ou du moins perçus comme tels. Créée en 2012 par un Français en Thaïlande, l’entreprise LightBlue Environmental Consulting a relevé le défi en ajoutant à l’approche environnementaliste une dose de pragmatisme qui consiste à démontrer aux décideurs que lutter contre le gaspillage peut augmenter la productivité de leur entreprise de manière significative.

Chaque minute, 2.472 tonnes de nourriture sont jetées dans le monde, ce qui représente sur un an un gaspillage de 1/3 de la production globale de denrées alimentaires dédiées à la consommation. Ces chiffres sont certes impressionnants, mais Benjamin Lephilibert, ancien consultant qui a notamment travaillé avec le groupe Accor pour la certification environnementale des hôtels Novotel en Asie, a bien compris qu’ils ne suffiraient pas à entrainer un véritable sursaut environnemental en Thaïlande.

Benjamin Lephilibert a créé en 2012 LightBlue Environmental Consulting, une entreprise qui aide (principalement) les hôtels à réduire leur gaspillage alimentaire pour leur permettre d’augmenter leur performance tout en minimisant leur empreinte sociale et environnementale.

En 4 ans seulement, cette entreprise de cinq personnes avec un réseau de consultants a construit sa notoriété. Son tout nouveau projet "The PLEDGE™ on Food Waste", est un engagement en 9 points pour prévenir le gaspillage alimentaire est déjà soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement (UNDP) ainsi que l’organisation publique thaïlandaise "Thailand Convention and Exhibition Bureau" (TCEB).

Le mode opératoire de ce service de consultance consiste à se rendre dans les hôtels pendant quelques jours pour mettre en place un système de mesure continue du gaspillage alimentaire, identifier la source du problème et proposer des solutions pratiques.

Des établissements tels que le Club Med de Phuket, Soneva Fushi aux Maldives ou encore l’hôtel Sofitel So de Bangkok ont participé au programme de LightBlue Environmental Consulting.

"L’hôtel Soneva Fushi, aux Maldives, a réduit en 12 mois  de 33% le volume de déchets alimentaires (soit près de 80 tonnes) grâce à notre programme THE PLEDGE, et économisé 151.000 dollars!", se félicite Benjamin Lephilibert.

Le gaspillage alimentaire, entre problématiques environnementales et financières
Lucide, Benjamin Lephilibert a conscience des limites que comporte le seul levier environnemental s’il n’est pas doublé du levier financier. Pour être efficace, il doit donc adapter son discours en fonction des acteurs sur lesquels il s’appuie.

Avec le personnel exécutant, l’objectif est d’impliquer les employés de façon concrète pour qu’ils puissent "prendre le projet en main". Cela passe par un vrai travail de terrain. Les consultants leur font  trier, peser et classer des déchets en masse pour cibler les points sur lesquels travailler. Le fait de leur montrer de façon tangible l’impact du gaspillage sur l’environnement, sur la population locale, etc. facilite la prise de conscience, d’autant que les employés sont toujours stupéfaits du résultat.

Par contre, avec les cadres, l’approche est différente, car "ils ont des perspectives à moyen ou court terme et ne réfléchissent qu’à travers le prisme financier", explique Benjamin Lephilibert. Leur montrer les économies qu’ils réaliseraient en gaspillant moins est essentiel pour convaincre les hôtels de participer au programme, selon lui. "L’équation est simple : gaspiller de la nourriture = gaspiller de l’argent".

"Nous avons a vu des hôtels ayant moins de 600 couverts par jour […] enregistrer 1.500 euros de pertes journalières", souligne-t-il.

L’image que les consultants de LightBlue Environmental Consulting véhiculent est importante, et le fait de se présenter aux managers comme des consultants et non comme des acteurs du développement durable leur donnent de la crédibilité. D’où notamment le choix du bleu dans le nom "LightBlue". "Le vert colle trop souvent à une image "Green-washing" à laquelle les gens ne croient plus vraiment".   

De belles perspectives d’avenir à l’heure où les consciences environnementales se développent

Le soutien de la TCEB, qui subventionne tous ceux qui appliquent l’engagement The PLEDGE constitue pour Benjamin Lephilibert "un signal très fort, venant d’une des branches du gouvernement qui voudrait faire de la Thaïlande un Sustainability hub (un pôle de durabilité ndlr)".

Interrogé sur les perspectives de développement de son entreprise, Benjamin Lephilibert nous dit vouloir faire certifier sa méthode pour qu’elle devienne un véritable label qualité et lui permette également de se pencher sur d’autres industries ayant des problématiques similaires, et de pouvoir aider sur de plus gros volumes, comme des écoles, l’armée, des compagnies aériennes, etc.

Le deuxième point de développement porte sur l’application mobile que l’entreprise a créée : "Food Excess Monitoring Platform". Le but est de maximiser son interface, en la rendant plus ludique et standardisée pour simplifier la saisie de données sur les pertes en gaspillage alimentaire pour les employés. A terme, ces améliorations permettront aux employés de mettre en relation les pertes, les commandes, les stocks et les ventes, et aux managers d’avoir une vue d’ensemble sur l’efficacité de leurs opérations.

Cette approche qui allie dimension économique et environnementale permet donc d'agir sur le long terme pour le bien de l'environnement tout en solutionnant des problématiques matérielles immédiates. Et si la reconnaissance est croissante, le parcours n’a rien d’évident : "C’est une bataille quotidienne", avoue Benjamin Lephilibert. "Il faut une foi sans faille, mais la situation globale est tellement critique qu’on ne baissera jamais les bras."

Voir aussi le site Internet http://www.lightblueconsulting.com/
Sixtine DELORT-LAVAL (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 26 janvier 2017

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