Bangkok

MEDIAS – La presse thaïlandaise au régime sec

 

Les dépenses publicitaires sur les médias ne cessent de diminuer. Entre morosité économique et changements d’habitudes des consommateurs, les journaux doivent également faire face à la censure croissante imposée par la junte.

La presse est-elle dans une impasse ? Selon l’agence d’étude des médias Nielsen, les revenus publicitaires des journaux en Thaïlande ont chuté sans discontinuer depuis 2013. Rien que sur 2016, les revenus publicitaires ont diminué de 12%.

Selon le dernier rapport Nielsen, les dépenses de publicité sur l’ensemble des médias thaïlandais ont encore diminué de 5,8% au cours des quatre premiers mois de 2017 pour s'établir à 34,7 milliards de bahts.

Les grands annonceurs sont de plus en plus méfiants à l’égard des médias.  Et le secteur de la presse est le premier touché.

Les dépenses publicitaires concernant les magazines ont diminué de 37,6% et s’établissent à 641 millions de bahts au cours de la même période. C’est également le cas pour les journaux, où les dépenses publicitaires ont baissé de 19,6%.

Contrairement aux attentes, les dépenses publicitaires sur Internet ont également diminué de 11,7% et s’élèvent à 484 millions de baths. En effet, les annonceurs ne veulent plus prendre de risque et surveillent leur budget. Selon Triluj Navamarat, PDG de l’Association des Médias Thaïlandais (MAAT), beaucoup d’annonceurs publicitaires sont prudents sur leurs dépenses, même pour les annonces sur Internet, ce qui est le plus économique.

Après deux décennies d’une forte croissance, l’économie du royaume a commencé à piquer du nez ces dernières années (lire notre article).

Fermeture pour les uns, mesures d’austérité pour les autres

Cette réduction drastique des ventes publicitaires vient s’ajouter aux difficultés que connaît actuellement la presse thaïlandaise. Elle entraine un déclin important de l’impression des journaux.

La diminution des annonces publicitaires n’est pas le seul facteur de difficulté des médias. La presse souffre également du changement de comportement des consommateurs qui se tournent vers Internet. Le 1er janvier, le journal Baan Muang a été contraint de s’arrêter après 45 ans d’activité, rapportait en début d’année le site Khao Sod. Certains kiosques sont également contraints de mettre la clé sous la porte, c’est le cas notamment des stands de revues à l’intérieur des stations BTS Skytrain qui ont dû fermer l’année dernière alors qu’ils étaient en service depuis plus de dix ans.

Suite aux pertes, les groupes de presse optent pour des grandes mesures d’austérité. Après une perte de 42,1 million de bahts en 2015, la société Post Publishing, éditeur de supports comme le Bangkok Post, Post Today et M2F, ont pris des mesures drastiques : gel des salaires et des embauches ou encore réduction de la tailles du journal en semaine. Le groupe Matichon également procédé à des mesures d’austérité et a même offert une retraite anticipée pour certains cadres supérieurs. Les postes n’ont pas été remplacés. Au journal Thai Rath, plus grand tirage de Thaïlande (plus d’un million d’exemplaires par jour), on a également procédé à la mise en commun des véhicules de fonction et réduit l’utilisation du papier dans les bureaux ainsi que réduit les primes annuelles.

S’adapter pour survivre

Les grands groupes de presse n’ont pas d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle conjoncture.  "Ceux qui veulent survivre doivent réduire leur taille et se tourner vers l’information en ligne", a déclaré Ubonrat Siriyuwasak, ancien professeur à la Faculté des arts de la communication de l'Université de Chulalongkorn".

Selon un ancien journaliste de Baan Muang, qui s’était exprimé en décembre dernier, les difficultés de la presse sont aussi liées à l’arrivée au pouvoir de la junte et la censure que cette dernière impose non seulement aux médias, mais aussi à toute la population.

Régime de censure

Lundi 1er mai, le Conseil national de la réforme de la junte (NRC) a donné  le feu vert à un projet de loi qui soumettrait les médias thaïlandais à un système de licences. Au cours du débat sur le projet de loi, un membre du conseil a soutenu que les journalistes qui émettent des critiques à l’égard de l'armée devraient être exécutés par un peloton d’exécution.

Le projet de loi prévoit de créer un Conseil national des médias professionnels (NPMC) composé d'au moins deux fonctionnaires gouvernementaux sur 15 membres. Le conseil aura le pouvoir d'approuver ou de révoquer les licences des médias. Les médias sans licence feront l'objet d'amendes et d'emprisonnement.

L.H. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 18 mai 2017

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