Bangkok

BAAN BAT - A la découverte de la fabrication traditionnelle des bols à aumônes

Au cœur de Bangkok, quelques familles fabriquent encore de manière traditionnelle des bols à aumônes utilisés par les moines bouddhistes. Les touristes peuvent observer ce travail fait à la main, qui nécessite une grande patience. Pour combien de temps encore ?

Dans le quartier historique de Rattanakosin, à Bangkok, un métier artisanal résiste encore à l’industrialisation. Celui de fabricant de bols à aumônes destinés aux moines.A quelques encablures du quai Tha Pan Fah qui donne sur le fleuve Chao Praya, il est encore possible de voir des artisans affairés à réaliser ces objets sacrés.

Le rituel des cohortes de moines dans leur robe couleur safran qui collectent au petit matin les aumônes en les plaçant dans leur bol (le "baat" en thaïlandais) fait partie de la vie quotidienne en Thaïlande. Et également des souvenirs que conservent de nombreux touristes de leur visite dans le royaume.

Mais peu savent que la plupart des bols que les moines utilisent pour recueillir les offrandes des croyants sont désormais fabriqués en usine. Faits avec de l’aluminium voire du plastique, ils sont d’ailleurs souvent fabriqués en Chine et ne coûtent pas plus d’une centaine de bahts. Une "industrialisation" inévitable depuis que dans les années 1970, le département des affaires bouddhistes du royaume a autorisé les moines à acheter des bols fabriqués en série.

En plein Bangkok, le dernier des 3 "villages des bols" de Rama Ier
Mais certains de ces bols sont encore réalisés en acier et à la main, comme le veut la tradition, dans les petites ruelles de Baan Bat, le "village des bols". Il s’agit du dernier des trois villages établis à Bangkok par le roi Rama Ier pour la fabrication de bols à aumônes. Les deux autres ont disparu, mais la tradition ancestrale dans les pays bouddhistes de la fabrication à la main de ces objets en acier perdure encore à Bangkok. Il ne reste plus que 5 familles aujourd’hui, soit un total de 35 personnes, qui vivent directement de la fabrication et de la vente de ces bols. Il y en avait encore une dizaine il y a 20 ans. "C’est une activité qui nécessite de la passion, car il s’agit d’un métier dur et répétitif. Cela peut faire peur à certains et décourager les vocations", reconnait Vetpisei Virun, un des artisans de Baan Bat, âgé d’un cinquantaine d’années, qui donne volontiers quelques explications au touriste de passage.

Les bols produits à Baan Bat sont le fruit d’un assemblage de huit feuilles d’acier de taille inégale, reliées les unes aux autres par un système de crans et de soudures réalisées avec du cuivre en fusion. Le chiffre huit est d’ailleurs un nombre symbolique dans le bouddhisme, qui envisage huit voies que l'on peut emprunter pour conduire à l'éveil. Les bols sont ensuite frappés, polis et enfin laqués. Vetpisei Virun raconte: "Nous achetons l’acier par plaques au marché en gros du quartier de Hualamphong. La plaque coûte aux alentours de 200 bahts. Nous ramenons les plaques ici et les découpons avec des scies à métaux. L’ossature du bol est constituée d’une forme en croix qui sera ensuite pliée et arrondie. Nous découpons aussi des morceaux plus petits en forme de feuilles qui seront soudées sur les côtés du bol pour le fermer".

Trois ou quatre jours pour faire un bol
La technique traditionnelle utilisée n’a guère varié depuis plus de deux cents ans, date de l’installation de ces familles d’artisans originaires d’Ayuthaya ou du Cambodge. Tout au plus, les outils sont-ils plus résistants et perfectionnés et les plaques d’acier de meilleure qualité. Nirawit Sisaï, un solide trentenaire qui passe une bonne partie de sa journée torse nu à travailler sur un siège aménagé pour la fabrication des bols, fait preuve de pédagogie pour décrire un travail qui se fait étape par étape: découpage de la plaque, réalisation de crans sur les rebords, pliage de la plaque, assemblage des différentes parties découpées, soudure au cuivre, arrondissage des angles avec un marteau, cuisson au feu de bois, polissage des bols, laquage etc. Au total, près d’une vingtaine de gestes différents est nécessaire. "C’est un travail où il faut faire preuve de patience. Chaque étape doit être faite avec soin. La partie la plus longue est sans doute l’arrondissage du bol avec un maillet. Il faut un total de trois ou quatre jours de travail pour un bol standard, une journée pour un petit", indique-t-il.

Un panneau touristique indique au visiteur qu’il se trouve à l’entrée de Baan Bat, une petite communauté historique du district de Banglamphu, dont la ville de Bangkok assure la promotion au titre de la valorisation patrimoine de la cité des Anges et qui se visite gratuitement. Mais c’est surtout au son régulier des maillets tapant sur le métal des bols que l’on trouve son chemin dans les soïs afin de rencontrer les artisans.
Il faut s’aventurer dans d’étroites ruelles bordées de maisons en bois, où des enfants jouent, pendant que des mères de famille cuisinent ou nettoient le linge. Le bruit dégagé par le petit marteau permet de trouver les quelques échoppes où sont installés les artisans.

Hommes et femmes de tous âges travaillent en famille et sont affairés à surveiller la "cuisson" des bols ou à marteler l’acier avec un maillet. Le "ping, ping, ping" sonore qui se dégage de ces ruelles est têtu. Il ne s’arrête que quelques minutes, le temps pour les artisans de s’accorder un moment de répit pour fumer une cigarette, manger sur le pouce ou discuter avec des touristes de passage, encore relativement peu nombreux pour ne pas susciter l’indifférence. 

"Les bols se vendent entre 500 et 2.000 bahts. Mais cela peut monter jusqu’à 10.000 bahts pour les plus anciens. La vente d’une vingtaine de bols par mois peut suffire à un artisan pour vivre", explique Vetpisei Virun, qui nous montre un stock de bols qui attendent d’être livrés, certains de couleur noire après avoir été laqués, d’autres aux différents teintes de gris en fonction du polissage. "En dépit du prix de nos bols, nous avons de nombreuses commandes et donc beaucoup de travail. Nos clients traditionnels restent bien sûr les moines mais les touristes thaïlandais et étrangers sont de plus en plus nombreux à acheter nos bols", ajoute-t-il.

Certains moines continuent à préférer les bols faits à la main et n’hésitent pas à y mettre le prix. Le bol à aumônes est un des objets les plus importants de la vie quotidienne des moines bouddhistes et fait partie des rares possessions qui leur sont autorisées. Il a pour fonction de permettre aux moines de recueillir le matin des offrandes – argent, nourriture, boisson – déposées par les fidèles et qui sont nécessaires à leur survie. Il est aussi un double symbole: celui du renoncement du moine à l’accumulation des biens terrestres et celui pour le croyant d’une démarche spirituelle, car donner une offrande est le début du long chemin qui doit le conduire au Nirvana.

Les touristes, quant à eux, n’hésitent pas à utiliser les bols comme objets décoratifs dans leur salon ou leur chambre. Peut-être une des raisons qui incite Nirawit Sisaï à l’optimisme : "C’est un fait que notre artisanat est plutôt en voie d’extinction. Mais je ne suis pas inquiet pour l’avenir immédiat. Nos enfants apprennent et s’y mettent aussi".
Ghislain Poissonnier (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) Jeudi 16 février 2017 (rediffusion du 3 avril 2013)

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